Une version de ce commentaire est parue dans La Presse et Le Huffington Post Quebec

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À quand la stratégie de réduction de la pauvreté du premier ministre Trudeau?

THE CANADIAN PRESS/Todd Korol

Les banques alimentaires et la charité ne suffisent pas.

 

Entre 2008 et 2016, le nombre de personnes qui dépendent des banques alimentaires au Québec a connu une hausse impressionnante de 34,7 %, soit près de 60 000 enfants en 2016, selon le Bilan-Faim de Banques alimentaires Canada. Bien que le Québec ait fait mieux que d’autres régions à certains égards pour s’attaquer au problème, ce besoin grandissant est à l’image de ce que l’on voit partout ailleurs, au pays.

La réalité, c’est que les banques alimentaires ne sont qu’un symptôme de problèmes plus graves : la pauvreté et l’inégalité sociale.

Selon Citizens for Public Justice (CPJ), un Canadien sur sept, soit un enfant sur cinq et quatre enfants autochtones sur dix, vit dans la pauvreté. De nombreuses recherches démontrent que la pauvreté affecte négativement la santé. L’Institut canadien d’information sur la santé signale que les personnes vivant dans la pauvreté ont une plus grande incidence d’hospitalisation pour maladie pulmonaire obstructive chronique et ont plus de problèmes de santé mentale. Une personne sur dix souffre de diabète et d’autres problèmes de santé.

Selon Statistique Canada, 40 000 Canadiens, ou 110 personnes chaque jour, sont victimes de décès prématuré en raison de la pauvreté.

Quelles sont donc les personnes qui se retrouvent dans le haut de l’échelle, et comment s’en tirent-elles jusqu’à maintenant? Peut-être un peu trop bien.

L’Institut Broadbent précise que les 10 % des Canadiens les plus riches détiennent 47,9 % de la richesse du pays, tandis que les 50 % les moins nantis détiennent moins de 6 %. Depuis 2005, les Canadiens les plus riches (10 %) ont vu leur revenu moyen doubler à 620 600 $, tandis que les 10 % des personnes avec les revenus les plus faibles ont vu une diminution de 5 100 $. Le problème n’est pas seulement l’inégalité, mais l’accroissement de l’écart depuis deux décennies.

La charité à elle seule ne suffit pas.

Et ne vous méprenez pas, les dons aux banques alimentaires et aux organismes de bienfaisance sont tout à fait indiqués. Je donne chaque année à ces organismes, et je vous invite à en faire autant. Or, les gouvernements doivent également rehausser la barre de leur engagement.

Que pouvons-nous faire pour lutter contre la pauvreté et l’inégalité sociale?

Le premier ministre Justin Trudeau et son collègue, Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, ont promis aux Canadiens la « première stratégie nationale de réduction de la pauvreté ». Malheureusement, nous attendons toujours.

Les Canadiens doivent rappeler haut au fort au premier ministre que la lutte contre la pauvreté et l’inégalité sociale est une priorité et que ce plan fédéral est maintenant attendu.

Citizens for Public Justice a proposé un impressionnant plan en six points qui pourrait inciter le gouvernement à prendre plusieurs mesures utiles, notamment l’indexation des prestations pour enfants, l’offre de logements sûrs et abordables, la création d’un programme national d’assurance-médicaments, l’amélioration de l’accès à la formation professionnelle et au financement de l’éducation des Autochtones et un programme national de garde d’enfants.

Bien sûr, certains pensent que les pauvres devraient simplement se trouver un emploi. Si seulement c’était aussi facile.

Living Wage Canada souligne que 70 % des Canadiens vivant dans la pauvreté travaillent, mais ne gagnent pas assez pour couvrir leurs frais de subsistance. De fait, les emplois au salaire minimum ont quintuplé au cours des dix-sept dernières années en Ontario.

Dans un titre récent du New York Times, on mentionnait avec justesse Plenty of Work, Not Enough Pay (beaucoup de travail, mais le salaire ne suffit pas). Au même moment, les entreprises canadiennes retiennent environ 600 milliards de dollars dans des coffres, ce que l’ancien gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney appelait de « l’argent dormant » qui ne profite pas à l’économie.

Quelle serait donc la solution?

Les gouvernements doivent s’assurer que les Canadiens qui travaillent peuvent assurer leur subsistance. Augmenter le salaire minimum est un premier pas dans la bonne direction. Les entreprises doivent également verser aux travailleurs un salaire équitable. Cela semble idéaliste? De nombreuses entreprises paient déjà un salaire décent et constatent qu’elles gardent leurs employés plus longtemps et peuvent maintenant offrir des formations et un meilleur environnement de travail, plus productif.

Nous devons également nous assurer que les Canadiens, incluant les entreprises, paient leur juste part d’impôt. L’organisme Canadiens pour une fiscalité équitable rapporte que nous perdons entre 10 et 15 milliards de dollars par année dans les paradis fiscaux. Cela suffirait certainement à remédier aux inégalités économiques dans l’ensemble du pays. De plus, un système fiscal juste et équitable nous permettrait de faire ensemble ce que nous ne parvenons pas à faire seuls.

Les Canadiens souhaitent améliorer le sort des personnes vivant dans la pauvreté, mais ils veulent aussi un engagement pour réduire le recours aux banques alimentaires.

La question n’est pas de savoir si nous, les Canadiens, avons les moyens de réduire la faim, mais si nous sommes disposés à le faire. La pauvreté et l’inégalité mènent à l’insécurité. Et comme l’a déclaré l’ancien ambassadeur du Chili, Juan Somavia, lors du Sommet mondial sur le développement social de 1995, « des nations sûres ne peuvent pas être habitées de gens vivant dans l’insécurité ».

 

David Pfrimmer est un collaborateur du site EvidenceNetwork.ca et professeur émérite ainsi que boursier du Centre for Public Ethics du Séminaire luthérien de Waterloo, situé sur le campus de l’Université Wilfrid Laurier.

Février 2018

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