Le père compte dans la vie d’une mère et contribue au développement de sa progéniture

Par Nicole Letourneau et Gerald Giesbrecht

Une version de ce commentaire est parue dans Le Huffington Post Québec

Le père compte dans la vie d’une mère et contribue au développement de sa progénitureNul n’ignore l’importance du père et le fait que dans nombre de familles, le rôle de ce parent comme pourvoyeur de soins s’est élargi dans les cinquante dernières années. Cependant, les neuf premiers mois de vie d’un enfant constitue une étape au cours de laquelle les pères sont souvent relégués à l’arrière-plan.

Lorsqu’il est dans l’utérus, un enfant est généralement considéré comme d’abord et avant tout du domaine de la mère. Le père occupe fréquemment un modeste rôle de soutien. Il aide à l’entretien du foyer, masse parfois le dos endolori de maman, répond aux fringales alimentaires de cette dernière. Mais en dernier ressort, il est perçu comme un simple observateur. Par ailleurs, un nombre croissant de recherches révèlent que les pères peuvent exercer une influence importante sur leur progéniture pendant la période de gestation, contrairement aux croyances antérieures.

En collaboration avec d’autres chercheurs, nous avons récemment étudié l’effet général du soutien d’un partenaire sur la réaction des femmes enceintes dans les moments de stress (en anglais). Pour ce faire, nous avons posé aux mères participantes une série de questions dans le but d’évaluer le soutien qu’elles recevaient de leur conjoint/partenaire, des questions sur la fréquence, la disponibilité et l’impact de ce soutien sur leur capacité à surmonter les obstacles de la vie.

Nous avons ensuite prélevé chez les mères des échantillons de salive à divers moments de la journée. Cette approche constituait un moyen relativement non intrusif pour mesurer les taux de cortisol, une hormone produite par le corps en situation de stress. Pendant les prises d’échantillons, les mères étaient soumises à d’autres questions en vue d’évaluer leur niveau de détresse psychologique, notamment les sentiments de colère, d’anxiété, de dépression ou de fatigue.

Nos données ont révélé la présence d’un lien entre le cortisol, hormone du stress, et la détresse psychologique. Assurément, lorsque les mères vivaient du stress, leurs échantillons contenaient des taux de cortisol plus élevés, mais seulement si leurs scores indiquaient qu’elles recevaient peu de soutien de leur partenaire. Les mères qui bénéficiaient du soutien de leur conjoint affichaient de façon continue de faibles taux de cortisol, peu importe l’état de bouleversement dans lequel elles étaient au moment de la prise d’échantillon. 

Les pères ne pouvaient empêcher les mères de vivre de temps à autres des états de bouleversement et d’anxiété, mais leur soutien influait directement sur la façon dont le corps de leur partenaire réagissait et composait avec le sentiment d’anxiété. À première vue, cela peut sembler sans importance. Si la mère vit tout de même des états de stress, en quoi la production de quelques substances chimiques naturelles peut-elle être importante ? Dans les faits, cela a une très grande importance, pour le bébé.

En doses soutenues, le cortisol peut perturber le développement de l’architecture du cerveau d’un enfant. Le cerveau est comme une maison. Les étages supérieurs, soit les capacités de raisonnement et les habiletés cognitives, ne peuvent s’ériger que si l’assise de la structure est solide. Or, s’il n’est pas contrôlé, le cortisol use l’assise, ce qui peut provoquer un éventail de problèmes psychologiques, émotionnels et même physiques, dont bon nombre peuvent perdurer jusqu’à l’âge adulte.

Plus troublant encore, les mécanismes qui contrôlent le débit de cortisol dans le corps, le système de réaction du corps au stress, ne se développent que quelques années après la naissance. Avant la mise en place de ce système, les parents doivent veiller à moduler eux-mêmes le niveau de stress de leur enfant, et papa joue un rôle important dans ce processus.

Évidemment, les pères ne sont pas les seuls à dispenser un soutien. Notre étude portait particulièrement sur les pères, mais nous pensons que les partenaires de même sexe jouent un rôle identique pour ce qui est du soutien au développement dans la période prénatale. De plus, les mères, la fratrie, les parents, les amis et la famille élargie peuvent tous aider maman dans les moments de stress. Nous sommes des êtres sociaux de nature et nous jouons tous, consciemment ou non, un rôle dans l’éducation des enfants de notre collectivité.

Lorsque nous réfléchissons au soutien et à l’encadrement que notre père nous a donné au fil de notre vie, un retour dans le temps, un peu plus loin que d’habitude, au-delà même de notre mémoire consciente, pourrait s’avérer une démarche intéressante.

Nicole Letourneau est experte-conseil à EvidenceNetwork.ca. Professeure aux facultés des sciences infirmières et de médecine de l’Université de Calgary, elle est également titulaire de la chaire de la Fondation Norlien/Hôpital pour enfants de l’Alberta en santé mentale des parents-enfants de la même université.

Gerry Giesbrecht est professeur adjoint de psychologie au département de Pédiatrie à l’Université de Calgary et le principal auteur de l’étude publiée dans la revue Psychosomatic Medicine.

juin 2014

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