Le numérique et la vie de famille sont compatibles

Par Nicole Letourneau et Justin Joschko

Dans les ménages où le lien parent enfant est solide, le fait que les enfants jouent à des jeux vidéo à la maison n’est associé à aucun comportement négatif

Une version de ce commentaire est parue dans Le Huffington Post Québec

Le numérique et la vie de famille sont compatiblesNous vivons à l’ère numérique. La technologie est devenue une partie intégrante de la façon dont nous voyons le monde, apprenons à le connaître et interagissons avec lui. De la télévision à la maison à l’ordinateur au bureau et au téléphone intelligent dans l’autobus ou à l’épicerie, bon nombre d’entre nous passent plus de la moitié de leur temps éveillé les yeux rivés sur un écran. 

Évidemment, certains ont commencé à s’inquiéter des répercussions possibles de ce phénomène sur le bien être mental et physique, et cette préoccupation est portée à son paroxysme dès qu’il est question des effets sur les enfants. Aussi un certain nombre d’études troublantes ont-elles associé le fait de passer un temps excessif devant un écran à de nombreux effets défavorables chez les enfants, dont le trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention, l’obésité et la dépression.

En dépit de cette inquiétude, la technologie ne va pas disparaître, et cloîtrer les enfants dans un environnement sans technologie n’est pas une solution : cela n’est ni souhaitable ni réaliste. Pour connaître le succès dans le monde moderne, les enfants doivent savoir utiliser la technologie sans toutefois se laisser avaler par elle, et leur sort à cet égard repose entre les mains de leurs parents.

Interagir avec les personnes qui prennent soin d’eux favorise chez les enfants le développement d’une relation d’interaction et de sollicitude : le bébé offre un sourire, et la mère lui offre son propre sourire en retour. Ce rapport intellectuel donnant donnant n’a pas simplement pour effet de développer et de renforcer les synapses — ces connexions neuronales essentielles à la pensée complexe —, mais a également une influence sur la production du cortisol, une hormone de stress qui joue un rôle important dans notre survie, mais qui est nuisible à forte dose. Et comme le système de réaction des enfants au stress n’est pas pleinement développé, la présence chez eux de niveaux toxiques de cortisol constitue un véritable problème.

Une exposition prolongée au cortisol pendant l’enfance est associée à un éventail de problèmes intellectuels et comportementaux, dont bon nombre persistent à l’âge adulte. Tapis dans leur chambre à pianoter sur un appareil électronique, les enfants peuvent fort bien vivre une expérience de négligence heureuse tandis qu’ils surfent ou jouent avec entrain et que leurs processus mentaux inférieurs traitent le flot incessant d’informations inondant leur cerveau. 

Mais une distinction importante s’impose ici : quand il s’agit d’alimenter des cerveaux affamés, les tablettes et les portables ne sont pas intrinsèquement toxiques. Une étude récente a révélé que les jeux vidéo peuvent perturber la vie sociale et scolaire des enfants, mais que cet effet est annihilé par un lien parent enfant solide. Dans les ménages où un tel lien existe, les pathologies associées aux jeux vidéo (mauvais résultats scolaires, comportements antisociaux, etc.) n’étaient tout simplement pas présentes. Qui plus est, l’imposition de restrictions sur les habitudes des enfants en matière de jeux vidéo n’a pas d’effet significatif sur les comportements. 

Bien que nous ne considérions pas que ces résultats justifient qu’on laisse les enfants utiliser à tout va leur console de jeu préférée (pas plus que les auteurs de l’étude, présumons-nous), nous estimons qu’ils mettent en évidence un élément important qui souvent est passé sous silence, à savoir que la technologie n’est ni bonne ni mauvaise. C’est ce qu’on en fait qui importe. Si les enfants grandissent dans un foyer aimant et bienveillant, le fait de passer quelques heures à jouer à Call of Duty ne va pas nuire à leur esprit.

En fait, les ordinateurs, les tablettes et même les jeux vidéo peuvent être un excellent moyen pour les parents et les enfants de se rapprocher. Si vous êtes un parent, lisez sur les sujets préférés de votre enfant sur Internet. Regardez la télévision avec lui et profitez des pauses publicitaires pour discuter avec lui de ce que vous venez de voir. Jouez à Angry Birds ou à Draw Something ou encore à Fruit Ninja. Et quoi que vous choisissiez, faites en sorte de vivre une expérience interactive et assurez vous que vous et votre enfant vivez cette expérience ensemble.

En prévoyant du temps à passer à l’ordinateur avec les enfants, les parents peuvent donner à ces derniers l’occasion de développer l’ensemble des compétences — techniques et sociales — dont ils ont besoin pour connaître le succès à notre ère numérique. Ils peuvent aussi veiller à ce que les enfants ne passent pas un nombre excessif d’heures devant un écran, et atténuer le taux d’hormones de stress dans leurs systèmes surexcités. 

L’utilisation non supervisée des outils technologiques devient un enjeu moins important à mesure que les enfants vieillissent, puisqu’ils deviennent plus capables de gérer leur temps et qu’ils acquièrent la capacité de contrôler leurs propres systèmes de réaction au stress. Mais que ce soit en ligne ou hors ligne, il n’y a jamais de mal à passer plus de temps ensemble. Les parents ont donc intérêt à prendre leur tablette, à s’attabler à l’ordinateur ou à saisir la manette et à passer du bon temps numérique en famille. 

Comme parent, vous pourriez enseigner des choses à vos enfants. Et, à voir comment ils s’adaptent rapidement aux nouvelles technologies, on peut parier qu’ils auront eux aussi des choses à vous montrer.

Nicole Letourneau est experte conseil à EvidenceNetwork.ca. Professeure aux facultés des sciences infirmières et de médecine de l’Université de Calgary, elle est également titulaire de la chaire de la Fondation Norlien/Hôpital pour enfants de l’Alberta en santé mentale des parents-enfants de la même université.

Justin Joschko est un rédacteur indépendant résidant à Ottawa. Leur ouvrage commun, Scientific Parenting, a été publié par Dundurn Press.

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