Les soins axés sur le patient pourraient réduire les temps d’attente et améliorer le système de santé au Canada

Par Robert McMurtry

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Les soins axés sur le patient pourraient réduire les temps d’attente et améliorer le système de santé au CanadaRécemment, à la suite d’une réaction indésirable manifeste à un médicament, j’ai eu l’occasion de passer du temps dans un hôpital communautaire très fréquenté. Par bonheur, je me suis complètement rétabli, mais mon séjour aux urgences m’a laissé une forte impression.

Ma femme et moi étions arrivés à l’hôpital de bon matin; un grand calme régnait dans la salle d’urgence. J’en fis la remarque à l’infirmière, qui me contredit sur un ton ironique, se refusant peut‑être à attirer le mauvais sort et le chaos qui s’ensuivrait.

On ne peut guère douter que ses craintes soient fondées. Urgences bondées, personnel sous haute pression, inquiétudes liées à la sécurité des patients : ce sont là des problèmes dont les professionnels de la santé sont témoins plus souvent qu’ils ne le souhaiteraient. Je me suis demandé, et je continue à me poser la question, si ce désordre ne pouvait pas être évité dans une large mesure, si seulement nous arrivions à mettre en place des structures et des effectifs adéquats, qui permettraient aux intervenants de prodiguer des soins de grande qualité.

Parmi les changements systémiques que nous pourrions envisager, je pense au continuum des soins centrés sur le patient, dont on vante souvent les mérites, mais qu’on met rarement en œuvre.

Cette conception préconise la constance quant à la prise en charge du malade, c’est-à-dire par des professionnels qui sont bien au fait de son dossier médical, de ses antécédents et des examens qu’il a subis. Elle serait axée sur les soins à prodiguer, la communication et l’établissement d’un accord entre le bénéficiaire et les prestataires. Elle permettrait non seulement de garder le patient et son entourage au courant des détails de sa prise en charge, mais aussi de réduire radicalement le nombre de patients orphelins ou laissés pour compte.

Il n’y aurait plus besoin de laisser des patients se morfondre dans une zone floue, dans l’attente et l’incertitude.

Pour atteindre ces buts, la solution la plus indiquée à mon sens consisterait à faire en sorte que chaque patient dispose d’un gestionnaire de cas qui jouerait le rôle de pivot. Cette fonction pourrait être assumée par un médecin de famille, une infirmière praticienne ou un autre intervenant. L’idée maîtresse serait de favoriser une continuité des soins.

Cette approche a déjà fait ses preuves; il faudrait désormais l’étendre à l’échelle du pays et à l’ensemble des services de santé.

Les soins post-traumatiques autrefois dispensés en Ontario sur une base ponctuelle nous en offrent un bon exemple; le premier service du genre a été offert jusqu’en 1976 par le centre hospitalier aujourd’hui connu sous le nom de Sunnybrook Health Sciences Centre[ML1] . Il consistait en un programme coopératif et régionalisé, axé sur un continuum de soins comprenant des services ambulanciers, le transport par hélicoptère, la réanimation, des salles d’opération, une unité de soins intensifs, des soins hospitaliers, un service de réadaptation et des soins communautaires. Les résultats de santé s’en sont trouvés grandement améliorés, et ce, à un coût avantageux, ce qui n’est pas rien.

Un autre exemple de soins centrés sur le patient nous provient du Réseau des soins cardiaques de l’Ontario. Créé en 1989, celui-ci a permis d’améliorer sensiblement la prise en charge des personnes souffrant de maladies cardiovasculaires ainsi que leurs résultats de santé. Les interventions chirurgicales majeures, notamment, sont consignées dans un registre qui répertorie procédures, résultats et événements indésirables. Lorsqu’un problème survient, un praticien qualifié ou une tierce partie chargée du contrôle de la qualité peuvent consulter le registre (moyennant un accès sécurisé). Ils peuvent ainsi déterminer rapidement si une réaction ou une évolution est indésirable et prendre les mesures correctives qui s’imposent.

Certains objecteront que ces modèles ne concernent qu’une petite poignée de services très spécialisés et qu’ils coûteraient beaucoup trop cher à instaurer dans le contexte budgétaire actuel. D’autres insisteraient avec raison sur le fait que la prévention fait partie intégrante de ce genre de programmes.

La vérité, c’est que nous n’avons plus les moyens de maintenir les systèmes moins efficaces qui sont en place aujourd’hui.

L’Alberta Bone and Joint Health Institute (ABJHI) offre un excellent exemple d’un modèle récent inspiré par une approche centrée sur le patient. Cet établissement préconise une prestation des soins sans discontinuité entre les différents intervenants et services, notamment entre les soins communautaires, les soins ambulatoires et les soins aigus. On y pratique des interventions majeures de remplacement de la hanche, mais on prend aussi en charge certaines maladies chroniques comme l’arthrite. En intégrant tant la prévention primaire que secondaire, on prodigue ainsi de meilleurs soins à meilleur coût. Le résultat, c’est qu’on est parvenu à réduire les temps d’attente tout en maîtrisant les dépenses et en rehaussant le degré de satisfaction tant chez les patients que les professionnels.

Alors quels sont les éléments qui font obstacle à l’amélioration ailleurs au pays?

Malheureusement, les décisionnaires ne réagissent que rarement aux données probantes que produisent les pratiques exemplaires – enfin, moins qu’ils ne le devraient. Peut-être faudrait-il insuffler un nouvel esprit à l’échelle du système de santé : un esprit qui valoriserait l’innovation et le progressisme.

En dernière analyse, les patients, les professionnels de la santé et les décisionnaires doivent travailler ensemble pour réclamer et garantir la prestation de soins de qualité. Ma conviction, c’est que nous avons tous un rôle à jouer.

Robert Y. McMurtry est expert-conseil auprès du site EvidenceNetwork.ca, orthopédiste, ancien doyen de la faculté de médecine de l’Université Western et ancien sous-ministre adjoint à Santé Canada. Il a agi à titre de conseiller médical spécial auprès de la Commission sur l’avenir des soins de santé au Canada (Commission Romanow).

 

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