Bien saisir les risques de la vaccination

Par Brian Rotenberg

Une version de ce commentaire est apparu dans Le Soleil et Le Huffington Post Québec 

Bien saisir les risques de la vaccination

Lorsque je reçois des patients à ma clinique de chirurgie, pas une journée ne passe sans que je ne propose à quelqu’un une intervention pour l’aider à améliorer son état. Qu’il s’agisse d’une chirurgie mineure comme une amygdalectomie ou d’une intervention plus sérieuse comme une résection de tumeur, je discute longuement avec la personne des avantages et des risques rattachés au fait de « tenter quelque chose ». Chaque fois, j’explique quels sont les risques mineurs les plus courants, ainsi que le risque de survenue d’incident très grave. Enfin, je passe en revue les implications de « l’inaction », c’est-à-dire ce qui pourrait se produire si l’on n’opère pas.

La vaccination consiste en une injection qui vise à provoquer une réponse immunitaire de l’organisme afin de le protéger contre les infections. Comme tous les traitements, elle a ses avantages et ses risques relatifs; une fois bien renseigné, le patient ou le parent doit les soupeser. L’intervention ne diffère en rien d’autres actes médicaux à cet égard.

Le fait que le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (le « vaccin ROR ») ait permis d’éradiquer aussi efficacement les maladies mortelles de l’enfance démontre incontestablement ses bienfaits. Or il est devenu à la mode, dans notre société, de juger la vaccination selon des critères différents de ceux sur lesquels on se fonde pour évaluer la plupart des autres risques médicaux qu’acceptent généralement de prendre les patients qui reçoivent des soins.

La notion de risque relatif pourrait nous aider à jeter un nouvel éclairage sur cette question. En effet, tous les risques ne sont pas égaux sur le plan de la probabilité ou de la gravité; parfois, l’inaction peut comporter un risque de conséquences plus graves que le fait d’intervenir.

Pour revenir au vaccin ROR, les risques associés à l’action – soit se faire vacciner – peuvent se traduire par des effets relativement courants, mais mineurs, comme une fièvre ou un bras endolori, ou par une réaction allergique grave, mais extrêmement rare, appelée anaphylaxie.

L’inaction – c’est-à-dire ne pas recevoir le vaccin – comporte un risque évident, soit une plus forte probabilité de contracter la maladie que le vaccin est censé prévenir. Dans le cas de la rougeole, par exemple, le risque pour une personne non immunisée de tomber malade si elle est exposée à un porteur du virus est très élevé : près de 100 %. De plus, les personnes infectées risquent de subir par la suite une foule de répercussions dévastatrices, dont des lésions cérébrales, la surdité et la cécité.

Il existe un risque encore plus sérieux associé au fait de ne pas se faire vacciner : celui de causer des torts considérables à une personne à qui on ne peut pas administrer le vaccin pour différentes raisons. En effet, il n’est pas toujours possible de se faire vacciner, même lorsqu’on y consent; c’est le cas des très jeunes enfants et des patients traités par chimiothérapie. Ces personnes courent ainsi un risque plus élevé de contracter une maladie contagieuse. Parmi les maladies connues, la rougeole l’est au plus haut point.

Pour réduire les chances de transmettre la rougeole aux personnes qu’il n’est pas possible de vacciner, on estime qu’il faut immuniser 95 % de la population. Selon l’Agence de la santé publique du Canada, le taux de vaccination ROR à l’échelle du pays atteint cette proportion de justesse (sur la base des données les plus récentes, qui datent de 2011). Si le taux de vaccination se met à fléchir dans différentes provinces, la population de notre pays perdra son immunité globale.

Ces derniers temps, les médias rapportent quotidiennement de nouvelles éclosions de rougeole au Canada et aux États-Unis, un fléau qu’on croyait pourtant avoir vaincu. Il semble y avoir une forte relation de cause à effet entre la tendance actuelle à ne pas se faire vacciner et le nombre grandissant d’enfants qui contractent cette maladie.

La grande majorité des cas de rougeole touchent des enfants qui n’ont pas été vaccinés. On ne devrait pas s’en étonner. C’est la décision des parents de s’abstenir qui a permis au virus de s’implanter; de toute évidence, ils auront jugé que cette voie comportait des risques moindres que le fait d’agir, malgré le fait que les répercussions pourraient bouleverser leur existence.

Même une légère diminution des taux de vaccination a engendré des répercussions majeures. Imaginez ce qui se produira s’ils continuent de fléchir.

Les personnes qui envisagent de ne pas recevoir le vaccin ROR ou de ne pas le faire administrer à leurs enfants devraient d’abord s’attarder à comparer les risques relatifs entre l’action et l’inaction. Dans ce cas précis, l’abstention est le choix le plus risqué; elle met les enfants en danger, ainsi que la société dans son ensemble.

Le Dr Brian Rotenberg est conseiller auprès du site EvidenceNetwork.ca et professeur associé au département d’oto-rhino-laryngologie (chirurgie de la tête et du cou) à l’Université Western, London, Ontario.

Février 2015

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