Cinq faits pour mieux comprendre le phénomène d’obésité au Canada

Par Carolyn Shimmin

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Cinq faits pour mieux comprendre le phénomène d’obésité au CanadaEn quelques décennies, le nombre de personnes touchées par l’obésité a augmenté dramatiquement au Canada. L’obésité est considérée comme un facteur de risque pour les maladies chroniques, comme le diabète de type 2, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires et certaines formes de cancer. Au Québec, 53 % de la population a un excès de poids. Voilà pourquoi l’obésité défraie souvent les manchettes dans l’actualité.

Or lorsqu’il s’agit de bien expliquer les facteurs complexes qui mènent à l’obésité, les articles sur le sujet contiennent souvent des informations erronées.

Nous savons que l’obésité est une maladie à la fois chronique et évolutive. Les recherches ont cerné certains facteurs qui contribuent au phénomène. L’activité physique, l’alimentation, la situation socioéconomique, l’origine ethnique, l’immigration et l’environnement interagissent selon des modèles complexes. Ainsi, si la cause principale d’un surplus de poids est généralement due à un ralentissement du taux métabolique, à un manque d’activité physique ou à l’hyperphagie, de nombreux facteurs secondaires d’ordre biologique (génétique), psychologique (dépression) et socioéconomique (pauvreté) entrent aussi en compte.

Par conséquent, les solutions « miracles » que préconisent souvent des émissions de télévision comme The Biggest Loser  (Qui perd gagne) – qui promettent une perte de poids maximale en peu de temps – n’offrent pas de résultats durables. Ces méthodes de perte de poids sont, en fait, associées à un taux élevé de reprise de poids. Les experts soulignent qu’une bonne gestion de l’obésité nécessite des stratégies réalistes et durables en matière de traitement.

Voici ce qu’il faut savoir au sujet de l’obésité :

  1. La prévalence et la gravité de l’obésité ont augmenté dramatiquement au Canada depuis 30 ans, alors que les niveaux de condition physique diminuent. Les recherches montrent qu’un adulte sur quatre et un enfant sur dix sont cliniquement obèses. Au cours de cette même période, les taux d’obésité ont presque doublé chez les hommes et les femmes dans la plupart des groupes d’âge des catégories jeune et adulte. Depuis la fin des années 1970, l’augmentation du taux d’obésité est proportionnellement plus importante dans les catégories des poids les plus lourds. Par ailleurs, les données montrent que le niveau de condition physique des enfants, des jeunes et des adultes diminue.
  2. L’obésité est une épidémie coûteuse. On estime que l’obésité a coûté à l’économie canadienne 4,6 milliards de dollars en 2008, soit 735 millions de dollars de plus (19% de plus) qu’en 2000.
  3. Mesurer l’obésité n’est pas une science exacte. Il faut considérer l’indice de masse corporelle (IMC) comme un indicateur imprécis pour prédire les impacts sur la santé. La répartition des tissus adipeux et leur quantité sont aussi des facteurs déterminants dans la prise de poids. Par exemple, la graisse située dans la région abdominale est associée plus fortement au diabète de type 2 et aux maladies cardiovasculaires que l’IMC. En fait, la mesure du tour de taille dresse un portrait plus exact des risques de santé globaux associés à l’obésité que l’IMC.
  4. Les experts se tournent vers la réglementation et l’industrie alimentaire pour trouver des solutions. Tout comme le tabagisme et la consommation excessive d’alcool, l’obésité n’est pas simplement le produit de mauvaises décisions individuelles. L’environnement social et commercial joue un rôle prédominant et fait en sorte que certaines personnes sont plus à risque d’adopter certains types de comportements. Parmi les facteurs de risques, citons: la promotion et la disponibilité des aliments hypercaloriques; un accès limité aux aliments santé; le manque de temps pour la préparation des repas; et les obstacles à l’activité physique. Les experts préconisent certaines mesures législatives prometteuses: décourager la consommation des aliments hypercaloriques en imposant des portions déterminées; interdire la publicité sur les aliments et boissons destinée aux enfants; adopter des règlements de zonage interdisant les établissements de restauration rapide à proximité des écoles; encadrer l’information nutritionnelle sur les emballages; instaurer un crédit d’impôt pour activités de conditionnement physique; améliorer l’accès aux activités récréatives ainsi que les circuits de randonnée pédestre. 
  5. Les préjugés à l’égard du poids engendrent une discrimination à l’égard des personnes touchées par l’obésité dans les secteurs de l’emploi, de la santé et de l’éducation. Ils découlent souvent de stéréotypes négatifs, qui perpétuent de fausses notions selon lesquelles ces personnes seraient paresseuses et manqueraient de motivation, de volonté et de discipline.   

Le vocabulaire à utiliser lorsqu’on parle d’obésité

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Carolyn Shimmin est coordonnatrice du transfert des connaissances pour le site EvidenceNetwork.ca et le George and Fay Yee Centre for Healthcare Innovation.

Février 2015

Tableau créé à partir du document du Canadian Obesity Network.

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