Investir dans des projets collectifs pour réduire le suicide masculin

Par John Oliffe et Britney Dennison

Une version de ce commentaire est parue dans Options Politiques et Le Huffington Post Québec  

Investir dans des projets collectifs pour réduire le suicide masculin

Jason était en 5e année lorsqu’il a commencé à éprouver une attirance pour les garçons. À cause de ses sentiments, on l’a traité de tous les noms, on l’a passé à tabac à l’école et on l’a même violé. Une fois entré au secondaire, il a reçu un diagnostic de dépression, d’anxiété, de trouble de la personnalité et de trouble de stress post-traumatique. Il a survécu en outre à une tentative de suicide.

Grâce au projet Man-Up Against Suicide mis sur pied à l’Université de la Colombie-Britannique, Jason a créé une installation qui lui a permis de s’ouvrir et de se raconter.

Trois suicides sur quatre au Canada sont commis par des hommes — tous les jours, sept hommes s’enlèvent la vie. Le risque est encore plus élevé chez les hommes gais et bisexuels.

Les hommes gais sont quatre fois susceptibles de faire une tentative de suicide que les hommes hétérosexuels. Cela n’est guère surprenant lorsqu’on sait qu’ils subissent davantage de discrimination au travail et de harcèlement et courent davantage de risques d’être victime d’un crime violent.

Les recherches indiquent que certaines interventions favorisent le dialogue sur la santé mentale des hommes. C’est le cas du projet Man-Up Against Suicide. En effet, l’art permet de créer un espace au sein duquel les hommes comme Jason arrivent à parler de santé mentale et de suicide. Le processus de création peut s’avérer thérapeutique et son produit, inciter d’autres personnes qui vivent les mêmes difficultés à s’extérioriser ou à chercher de l’aide.

Les démarches artistiques en question contribuent à déstigmatiser la maladie mentale. Autre constat : les principaux intéressés sont plus enclins à participer aux programmes qui se déroulent dans un espace parallèle — c’est-à-dire à l’extérieur du cadre thérapeutique traditionnel, car cela les aide à lutter contre l’autostigmatisation et la honte.

Le projet Man-Up Against Suicide n’est pas le seul exemple de réussite au Canada. Une autre initiative, MindTheHeart, propose des programmes d’information et d’éducation qui visent à mettre en évidence la relation qui existe entre les maladies du cœur et l’anxiété, la dépression et le trouble du stress post-traumatique.

Le programme MindTheHeart a été implanté un peu partout au Canada et a donné lieu à plusieurs campagnes de sensibilisation dans l’est du pays, notamment au Nouveau-Brunswick et au Québec.

Ailleurs, des vétérans des Forces armées canadiennes ont monté une pièce de théâtre dans laquelle ils racontent leurs histoires personnelles. Présentée un peu partout au Canada et à l’étranger, cette création a incité plusieurs membres de l’auditoire à se manifester pour demander de l’aide.

Le problème du suicide chez les anciens militaires est bien documenté aux États-Unis : là-bas, environ 20 vétérans par jour s’enlèvent la vie. Au Canada, les chiffres sont moins clairs. Une enquête du Globe and Mail conclut qu’au moins 71 vétérans de la guerre en Afghanistan se seraient suicidés. Mais on ne connaît pas vraiment l’ampleur du problème puisque les données publiées par le Canada ne concernent que les suicides masculins dans la Force régulière et n’incluent ni les vétérans ni la Force de réserve.

On estime cependant que près de 50 % des membres de la Force régulière souffriront au cours de leur vie de symptômes associés à un trouble mental ou à un trouble lié à l’alcool.

Une autre création théâtrale intitulée Contact! Unload vise elle aussi à sensibiliser l’auditoire aux problèmes de santé mentale chez les anciens militaires : risque de suicide, trouble de stress post-traumatique, anxiété, dépression et consommation excessive de substances et d’alcool.

Tous les programmes évoqués ci-dessus ont adopté une approche ciblée à l’égard du suicide masculin : ils tiennent compte des différents facteurs sociaux qui exposent les hommes à un risque élevé de maladie mentale et de suicide. Ils offrent un cadre collectif dans lequel les hommes peuvent collaborer à la création d’un projet capable de traduire le caractère unique des expériences qu’ils ont vécues, ainsi que le cheminement difficile que représente la recherche d’une solution aux problèmes qui s’y rattachent.

Lorsqu’il a présenté ses œuvres pour la première fois, Jason a dit vouloir faire comprendre les répercussions à long terme de l’intimidation et du harcèlement. De leur côté, les créateurs de la pièce Contact! Unload ont affirmé que s’ils réussissaient à prévenir un seul suicide, tous leurs efforts seraient récompensés. En ce qui concerne le projet MindTheHeart, on constate que le fait d’intervenir de manière précoce auprès des hommes favorise la prévention.

Les organismes gouvernementaux ne devraient pas hésiter à soutenir les programmes ciblés de ce genre et à les déployer partout au pays, car ils ont un effet bénéfique sur la santé mentale des sous‑groupes vulnérables. En réduisant le taux de suicide masculin, cet investissement se traduira aussi par des bienfaits pour un grand nombre de femmes, d’enfants et d’autres hommes.

John Oliffe est expert-conseil après du site EvidenceNetwork.ca et professeur à l’École des sciences infirmières de l’Université de la Colombie-Britannique. Il a mis sur pied le programme Men’s Health Research, où il assume le rôle de chercheur principal. (www.menshealthresearch.ubc.ca)

Britney Dennison est conseillère en recherche au sein du programme Men’s Health Research et directrice adjointe de l’organisme Global Reporting Centre. Journaliste primée, elle a travaillé pour le Toronto Star, The Tyee, CTV et Al

March 2017

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