De quels médicaments avons-nous vraiment besoin au Canada?

Par Nav Persaud

Et comment les rendre accessibles à tous

Une version de ce commentaire est parue dans Options Politiques et Le Huffington Post Québec  

What medicines do we really need in Canada?

Souvent, les études et les sondages montrent que les Canadiens sont fiers de leur système de santé universel qui offre des services médicaux et hospitaliers financés par le gouvernement. Les Canadiens ne courent pas le risque de déclarer faillite pour obtenir des soins pour eux-mêmes ou leur famille quand ils en ont besoin.

Or, quand il s’agit de médicaments sur ordonnance, notre système de santé ne suit pas.

En effet, la plupart des médicaments pris en dehors de l’hôpital ne sont pas couverts par notre système de santé, de sorte que les Canadiens doivent compter sur une assurance médicaments privée ou payer des médicaments parfois très onéreux. Certaines provinces offrent une assurance médicaments à des populations désignées, les personnes à faible revenu ou les aînés, par exemple. Le Québec, de son côté, possède son propre régime d’assurance médicaments, mais un Canadien sur cinq affirme qu’un membre de sa famille ne peut pas se payer de médicaments.

Cela signifie que beaucoup de Canadiens ne reçoivent pas les médicaments dont ils ont besoin, et les conséquences peuvent être dévastatrices.

Comment pouvons-nous faire en sorte que les tous les citoyens au Canada aient un meilleur accès aux médicaments sur ordonnance?

En fait, nous pourrions améliorer l’accès — et la santé des Canadiens — en rendant disponible un ensemble de « médicaments essentiels » soigneusement sélectionnés.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déjà élaboré une liste modèle de médicaments essentiels conçus pour répondre aux besoins sanitaires de base des personnes à travers le monde. Elle recommande que chaque nation adapte la liste des médicaments aux circonstances locales et en facilite l’accès.

Dans un récent article publié dans JAMC Ouvert par l’Association médicale canadienne, mes collègues et moi avons présenté notre version de liste de l’OMS en tenant compte des lignes directrices canadiennes et de la contribution des cliniciens canadiens.

Des centaines de pays ont déjà des listes de médicaments essentiels, et nous pouvons tirer des leçons de leurs succès et de leurs défis. Il s’agit notamment de pays à revenu élevé comme la Suède qui compte une expérience positive de plus d’une décennie avec sa Wise List, les pays à revenu intermédiaire comme l’Inde et les pays à revenu faible comme l’Arménie et le Zimbabwe.

En plus de fournir aux patients des médicaments essentiels quand ils en ont besoin, une liste des médicaments essentiels aide également à s’assurer que les patients obtiennent le bon médicament. Comment?

Au Canada, on dénombre plus de dix mille produits pharmaceutiques approuvés pour la vente, et les listes publiques qui déterminent quels médicaments sont financés pour certains groupes (bénéficiaires de l’aide sociale, personnes handicapées et aînés) contiennent de trois à cinq mille médicaments. C’est beaucoup de renseignements dont il faut faire le suivi.

Avec une courte liste de médicaments essentiels, il y a moins de risque d’erreur et de confusion parce que les patients, les médecins et les pharmaciens ont seulement besoin de connaître un nombre limité de médicaments.

Les critiques pourraient soutenir qu’une liste de médicaments essentiels limiterait le choix et l’accès à de nouveaux médicaments d’ordonnance importants. Or, il n’y a pas nécessairement autant de « choix » qu’on pourrait le croire aujourd’hui.

Avec une liste exhaustive de produits que les praticiens de la santé ne peuvent même pas suivre, nous offre-t-on vraiment le « choix »?  Les décisions en matière de prescription sont trop souvent prises en fonction des croyances et des habitudes du praticien qui tient la plume. Elles pourraient être fondées sur les meilleures preuves disponibles, mais elles sont souvent influencées par les messages publicitaires des entreprises pharmaceutiques.

A-t-on déjà vu un médecin expliquer les avantages et les inconvénients de chacun des onze différents inhibiteurs de l’ECA pour la pression artérielle et demander au patient lequel il souhaiterait prendre? Comment pourrait-il même l’aider à faire un choix, vu qu’il n’y a pas de différences notables entre les médicaments?

Les autorités gouvernementales ont souvent du mal à dire « non » aux sociétés pharmaceutiques qui ont fabriqué un produit semblable à un médicament déjà approuvé, car on pourrait leur demander de justifier pourquoi elles en ont approuvé un, mais pas l’autre. Donc, des produits similaires prolifèrent et nous nous retrouvons avec un grand nombre de médicaments qui ont la même action.

Les gens qui n’ont pas les moyens de se procurer des médicaments aujourd’hui sont déjà forcés de faire des choix : des aliments ou des médicaments?  Personne ne devrait avoir à choisir entre payer le loyer ou prendre un médicament contre l’hypertension, le diabète ou le VIH-SIDA. Or, c’est ce qui se passe aujourd’hui au Canada.

Les discussions sur l’accès aux médicaments n’aboutissent souvent nulle part. Comment nos gouvernements pourraient-ils se permettre de payer les médicaments essentiels?

Une courte liste de médicaments sélectionnés pourrait effectivement nous aider à économiser de l’argent en concentrant la concurrence sur un petit nombre de produits que nous pourrions collectivement acheter en plus grandes quantités. Une moindre quantité pourrait signifier un pouvoir de négociation accru.

Les médicaments d’ordonnance ne procurent les bienfaits inhérents prévus que s’ils sont accessibles et prescrits de façon appropriée. L’élaboration d’une liste de médicaments essentiels au Canada et leur financement public pourraient se traduire par un avancement sur les deux fronts.

 

Nav Persaud est conseiller expert auprès de EvidenceNetwork.ca, médecin et chercheur associé à l’hôpital St-Michael’s et professeur adjoint à l’université de Toronto.

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