La santé de nos adolescents est menacée par les publicités d’aliments malsains

Par Tom Warshawski et Mary Lewis

Le projet de loi fédéral sur l’interdiction de publicité d’aliments et de boissons destinée aux enfants doit inclure les jeunes de 16 ans et moins

Une version de ce commentaire est parue dans La Presse et Le Huffington Post Québec

Teenagers at risk from junk food advertisements

Nous protégeons nos enfants et nos adolescents de bien des choses : la violence à la télévision, la consommation d’alcool, le tabagisme, etc. Nous agissons ainsi parce que nous espérons les protéger et les empêcher d’acquérir de mauvaises habitudes qui auront des conséquences à long terme, et ce, à un moment de leur vie où ils ne comprennent pas encore pleinement leurs gestes. En somme, nous les protégeons pour leur donner le meilleur avenir.

En bon parent, nous agissons aussi pour qu’ils entretiennent une relation saine avec les aliments. Un tel comportement est crucial pour un avenir en santé. Pourtant, nos jeunes sont abandonnés et laissés à eux-mêmes devant le discours continuellement séduisant et vendeur d’une industrie impitoyable.

Pourtant, il est clairement démontré que le taux d’obésité est influencé par la quantité de publicité à laquelle sont exposés les jeunes, et cela les met à risque de développer de nombreux problèmes de santé comme les maladies du cœur, l’AVC et le diabète. Si rien n’est fait, la possibilité demeure qu’ils aient d’importants problèmes de santé ainsi qu’une vie plus courte et altérée par les maladies.

Des millions de dollars sont dépensés pour viser les enfants et les adolescents. Des études indiquent que plus de 90 % des publicités de boissons et d’aliments qu’ils observent en ligne concernent des produits à faible valeur nutritive (gâteaux, biscuits, crème glacée, céréales, restaurants, boissons sucrées, etc.).

Il est aussi prouvé que les enfants qui regardent des publicités télévisées de restauration rapide ont environ 50 % plus de chances de consommer des repas-minute. Or, la consommation régulière d’une telle nourriture est associée à l’ingestion de 660 et de 800 calories supplémentaires par semaine pour les filles et les garçons, respectivement. Ces calories supplémentaires pourraient se traduire par un gain de poids de 10 livres ou plus par année.

Faut-il s’étonner que depuis 1979, le nombre d’enfants souffrant d’obésité a triplé au pays? Aujourd’hui, près de un enfant sur trois est en surpoids ou obèse. L’augmentation la plus marquée a été observée chez les 12 à 17 ans. Devant l’omniprésence de telles publicités, on remarque maintenant que moins de la moitié des jeunes de 12 à 19 ans consomment le minimum recommandé de cinq portions quotidiennes de légumes et fruits.

La province de Québec s’est attaquée à cette problématique et a obtenu des résultats intéressants. Depuis 1980, toute publicité commerciale destinée aux enfants de 13 ans et moins est interdite. Mais certains pays, comme le Royaume-Uni, vont plus loin et encadrent la publicité d’aliments et de boissons destinée aux enfants de 16 ans et moins. Pourquoi ont-ils agi ainsi? Parce qu’il faut donner une chance aux saines habitudes alimentaires de prendre ancrage dans les comportements quotidiens des jeunes.

Prochainement, sur la scène fédérale, un projet de loi proposera l’interdiction de la publicité d’aliments et de boissons destinée aux enfants de 13 ans et moins. Il s’agit là d’un pas dans la bonne direction, mais le gouvernement doit aller plus loin afin de protéger les jeunes jusqu’à l’âge de 16 ans.

La raison est simple : les adolescents sont particulièrement vulnérables à la publicité. Ils en consomment plus que les enfants et ils sont plus susceptibles de succomber aux envies malsaines. À cet âge, leur sens critique est encore en développement, et ils sont susceptibles de croire les publicités et d’accepter les allégations trompeuses de celles-ci.

Des experts de renommée mondiale en matière d’alimentation, de nutrition et d’obésité sont du même avis. Dans un sondage effectué auprès de 128 répondants, tous s’entendent pour interdire la publicité d’aliments et de boissons jusqu’à l’âge de 16 ans, au moins. Plus de la moitié recommandent une interdiction jusqu’à 18 ans.

Pourquoi espérer que nos jeunes développent de saines habitudes alimentaires, alors que nous permettons qu’ils soient continuellement bombardés par des messages leur transmettant l’inverse?

Le temps est venu de remédier à cette crise de santé publique annoncée et de limiter la publicité d’aliments et de boissons destinée aux jeunes de 16 ans et moins!

 

Le Dr Tom Warshawski est expert auprès d’EvidenceNetwork.ca, président de la Childhood Obesity Foundation et professeur agrégé en pédiatrie à l’Université de la Colombie-Britannique.

Mary Lewis est vice-présidente, Recherche, défense des intérêts et promotion de la santé, à la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC (Cœur + AVC).

Cœur + AVC et la Childhood Obesity Foundation sont les fondateurs de la Coalition Arrêtons la pub destinée aux enfants, dont le but est de restreindre la publicité d’aliments et de boissons destinée aux enfants et aux jeunes. www.ArretonsLaPubDestineeAuxEnfants.ca

Juin 2017

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