Pourquoi le Canada a-t-il besoin d’un programme national d’assurance-médicaments?

Par Avram Denburg et Wendy Ungar

Une grande diversité interprovinciale dans les régimes publics de médicaments ne sert pas bien les enfants

Une version de ce commentaire est parue dans Le Droit 

Pharmacare for kids

La décision du gouvernement de l’Ontario d’investir dans un régime public d’assurance-médicaments pour les personnes de moins de 25 ans est un engagement politique attendu depuis longtemps qui assurera la santé de notre prochaine génération. Dans le domaine de l’oncologie pédiatrique, on voit tous les jours des enfants qui ont du mal à avoir les médicaments dont ils ont besoin. Il peut s’agir de médicaments destinés à des maladies communes graves comme l’asthme ou de ceux pour traiter des maladies rares, mais chroniques ou mortelles, comme le cancer.

Le coût constitue un obstacle majeur à l’accès.

Il est aberrant de constater qu’au Canada il n’y ait pas de régime universel d’assurance-médicaments sur ordonnance pour les enfants et que l’on admette l’existence d’une grande diversité interprovinciale dans le traitement des besoins des enfants par les régimes publics de médicaments. Autrement dit, de nombreuses familles ne peuvent pas se permettre de payer les médicaments essentiels que leurs enfants doivent prendre pour recouvrer la santé, être en bonne santé et grandir sainement.

Un Canadien sur cinq renonce donc à prendre des médicaments d’ordonnance en raison du coût.

Les médicaments essentiels sont importants pour les enfants, non seulement pour traiter les problèmes médicaux d’aujourd’hui, mais également pour leur donner la possibilité de grandir sainement et de développer leur plein potentiel. Au chapitre du rendement, il est difficile de ne pas tenir compte de l’investissement dans la santé des enfants : guérir et prendre soin des enfants maintenant maximisera désormais leurs chances de devenir des citoyens sains et productifs qui assureront notre avenir à tous.

La couverture universelle de médicaments sur ordonnance pour les enfants permettrait d’économiser de l’argent maintenant et à l’avenir. À court terme, un système public universel pour la couverture des médicaments réduirait les coûts des médicaments grâce à l’augmentation du pouvoir d’achat inhérent à l’approvisionnement en gros. À long terme, le Canada profiterait considérablement des gains au chapitre du développement réalisés par des enfants en bonne santé.

Par ailleurs, un accès fiable et permanent aux médicaments essentiels est crucial pour le contrôle des maladies infantiles, telles que l’asthme, le diabète, le cancer et les troubles immunologiques. Une gestion optimale de la maladie améliore à la fois la survie et minimise les effets tardifs. Avec le temps, cela jette les bases d’une société plus saine et plus productive.

Or, il faut en faire davantage.

Cet engagement budgétaire du gouvernement libéral de la province de l’Ontario est un pas louable dans la bonne direction, mais ne constitue toutefois qu’une première étape. Il faut préciser que cela ne résoudra pas tous les problèmes d’accès aux médicaments au Canada, ni en Ontario, ni pour les enfants et leurs familles, ni même pour les millions d’adultes qui ont du mal à payer les médicaments prescrits par leurs médecins.

Pour les enfants, une attention particulière devra être accordée aux médicaments qui se retrouveront sur les formulaires provinciaux du régime, aux médicaments qui n’y seront pas et les raisons justifiant leur présence ou leur absence. Le traitement de nouveaux médicaments pour les maladies infantiles est un aspect important à prendre en considération.

Il en existe de nouveaux qui sont très prometteurs pour traiter les cancers difficiles chez les enfants. Beaucoup de ces nouvelles thérapies ont le potentiel d’augmenter les chances de guérir et de réduire les effets secondaires horribles de la chimiothérapie traditionnelle. Les médicaments spécialisés pour le traitement de maladies pédiatriques rares et souvent mortelles imposent un fardeau financier qu’aucune famille ne devrait supporter seule.

Malheureusement, nos systèmes de sélection des médicaments couverts par un régime public ne conviennent pas tout à fait pour les enfants. À l’avenir, pour comprendre le succès de la politique de l’Ontario, il sera très important de procéder à une étude approfondie des lacunes persistantes en matière de couverture et d’accès aux médicaments et des politiques de sélection des médicaments couverts par un régime.

Un régime universel d’assurance-médicaments pour les enfants doit également être entièrement intégré dans notre système de soins de santé. Au-delà de l’amélioration de l’accès, un tel plan peut accroître la sécurité liée à la prise de médicaments utilisés en pédiatrie. Comment?

La prescription de médicaments hors indication à des enfants – c’est-à-dire, lorsqu’un médecin prescrit un médicament pour traiter un état ou un groupe d’âge différent de celui pour lequel il est approuvé – demeure un problème important, principalement en raison de lacunes dans les données probantes. La prise en charge universelle de médicaments favoriserait le respect des lignes directrices en pédiatrie au chapitre de la prescription et pourrait encourager l’élaboration et l’organisation de la preuve dans les domaines où persistent des lacunes dans les connaissances.

Et voyons encore plus grand. Pour réellement mettre à profit ses avantages potentiels pour la santé des Canadiens et notre système de soins de santé, il est important que l’assurance-médicaments ait une portée universelle et nationale.

Si elle était étendue à l’échelle nationale, l’assurance-médicaments pour enfants harmoniserait la couverture dans l’ensemble des provinces et territoires.  Cela pourrait donner lieu à la création d’un formulaire national pour les enfants et constituer une base de connaissances pour une utilisation rationnelle et le financement des médicaments pédiatriques. Cela encouragerait les prescriptions fondées sur des données probantes pour les enfants à travers le pays et améliorerait la sécurité et l’efficacité des médicaments pour les enfants, peu importe leur lieu de résidence.

Débuter par les enfants est une première étape pragmatique sur le plan politique, économiquement saine et moralement défendable pour une assurance-médicaments universelle. Nous devons maintenant l’étudier et déterminer sa portée. Souhaitons que le gouvernement fédéral entende le message de l’Ontario.

 

Le Dr Avram Denburg est oncologiste de service à l’hôpital   Sick Kids, boursier de la Fondation Trudeau en 2015 et conseiller expert auprès d’EvidenceNetwork.ca.

Wendy Ungar est chercheuse principale à l’hôpital Sick Kids et professeure en politique, gestion et évaluation de la santé à l’Université de Toronto

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