Là où on observe malnutrition et fragilité, la nourriture est le remède

Par Heather Keller et Leah Gramlich

La malnutrition est un problème commun chez les patients des établissements de soins de santé au Canada, et elle représente un coût de 2 milliards de dollars chaque année

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Comme le dit l’adage, « vous êtes ce que vous mangez ». Dans notre pays développé où l’obésité est souvent une préoccupation majeure, nous utilisons normalement cet adage pour nous rappeler que l’excès de nourriture nuit à notre santé physique. Or, il est également vrai pour la sous-alimentation ou la malnutrition qui sont également choses courantes au Canada.

Beaucoup de Canadiens s’étonnent d’apprendre que la malnutrition est un problème très courant dans nos hôpitaux, nos établissements de soins de santé et auprès de certaines populations de patients. Elle commence en effet dans la communauté et peut se poursuivre après à une hospitalisation.

Selon des estimations, de 30 à 45 pour cent des personnes malades, âgées en moyenne de 65 ans, souffrent de malnutrition à l’admission, ce qui se traduit par un coût approximatif de deux milliards de dollars par année pour notre système hospitalier. La malnutrition, que ce soit en raison d’un apport insuffisant de protéines, d’énergie, de vitamines ou de minéraux, est un facteur connu de nombreuses conditions, y compris la fragilité.

Avec notre population vieillissante, la fragilité est une préoccupation croissante au Canada, et bien qu’elle puisse se manifester à n’importe quel âge, elle est plus fréquente chez les personnes âgées. On estime qu’elle touche environ 25 pour cent des personnes âgées de plus de 65 ans.

Comment la fragilité se manifeste-t-elle?

Les symptômes communs de la fragilité incluent la perte de poids, la faiblesse et l’épuisement, qui se traduisent souvent par des chutes, un délire et un retard staturo-pondéral. Le Réseau canadien des soins aux personnes fragilisées sensibilise la population à cette condition et à la façon dont elle peut être évitée, retardée, potentiellement traitée et mieux gérée, et ainsi permettre d’alléger au passage le fardeau financier sur  le système de santé. Pour le traitement de l’état de fragilité, la nutrition est l’un des domaines clés prometteurs, surtout si la personne souffre de carences.

Des preuves récentes démontrent un croisement entre la fragilité et la malnutrition chez les patients hospitalisés au Canada, et 70 % des patients souffrant de malnutrition sont jugés en état de fragilité. Divers facteurs physiologiques, sociaux et économiques, tels que le fait de vivre seul ou d’avoir un faible revenu, et des facteurs liés à la maladie sont les causes profondes de la malnutrition pour ces Canadiens.

Il est également probable que la fragilité et la malnutrition s’influencent mutuellement.

Pour beaucoup de personnes âgées fragilisées vivant dans la communauté, aller à l’épicerie, revenir à la maison avec les courses, préparer la nourriture et manger représentent tout un défi. L’appétit et l’intérêt pour la cuisine peuvent diminuer, particulièrement dans le cas de personnes vivant seules. Après la sortie de l’hôpital, 25 pour cent des patients perdront involontairement du poids au cours du premier mois, principalement en raison du manque d’appétit. Le faible apport en protéines ou l’apport insuffisant en nutriments clés tels que la vitamine D peut également entraîner des changements musculaires et osseux, ce qui favorise les chutes et les invalidités subséquentes.

Le public en général ne sait pas qu’avec le vieillissement, les besoins en vitamines et minéraux sont identiques ou supérieurs aux besoins des segments de la population plus jeunes, en particulier la vitamine D et le calcium. En raison d’une multitude de facteurs, pour conserver leur musculature, les adultes plus âgés ont également besoin de 50 pour cent de protéines de haute qualité de plus dans leur alimentation que la recommandation habituelle, et des quantités supérieures sont requises s’ils ont un état fragilisé, s’ils doivent être au repos prolongé au lit ou après une chirurgie.

Donc, l’adage « vous êtes ce que vous mangez » est tout à fait juste dans les cas de malnutrition. Avec les besoins caloriques des personnes âgées et ceux qui ont une fragilité souvent faible en raison du manque d’activité et de la perte de masse musculaire, cela signifie que chaque bouchée doit avoir un apport nutritionnel.

Dans les cas de malnutrition et de fragilité, la nourriture est le remède. Que devons-nous faire alors?

En premier lieu, la profession médicale et les personnes qui sont régulièrement en contact avec des patients potentiellement fragiles et mal nourris doivent savoir reconnaître ces conditions et leur importance pour la santé en général, le bien-être et le rétablissement des patients.

Le dépistage de la malnutrition et de la fragilité devrait se faire à toutes les rencontres de soins de santé pour les personnes de plus de 70 ans, notamment au cabinet du médecin, pendant les visites de soins à domicile et à chaque hospitalisation pour soins médicaux ou chirurgicaux.

Les organismes de santé publique partout au pays devraient collaborer avec les médecins de soins primaires pour repérer rapidement les habitudes nutritionnelles à améliorer et promouvoir les outils d’auto-dépistage destinés aux populations âgées et en état de fragilité. Lorsque les personnes à risque de malnutrition sont identifiées, il est nécessaire de les recommander à un diététiste qui offrira des conseils, de l’éducation et de l’information sur l’aide et les services offerts dans la communauté.

La malnutrition peut être traitée. Les familles et les amis peuvent soutenir leurs proches en état de fragilité en les aidant à faire l’épicerie et la cuisine et mangeant avec eux. Il convient de surveiller la perte de poids involontaire et le manque d’appétit et de demander rapidement de l’aide pour prévenir la malnutrition et la fragilité.

 

Professeure Heather Keller est titulaire de la chaire de recherche Schlegel en nutrition et vieillissement à l’institut de recherche sur le vieillissement de l’Université de Waterloo et conseillère experte auprès du site EvidenceNetwork.ca.

Dre Leah Gramlich est gastro-entérologue et professeure à la Faculté de médecine de l’Université de l’Alberta et conseillère médicale provinciale pour les services de nutrition de Services de santé de l’Alberta. 

Elles sont coprésidentes du Groupe de travail sur la malnutrition au Canada et toutes deux œuvrent comme chercheuses auprès du Réseau canadien des soins aux personnes fragilisées, un organisme à but non lucratif voué à l’amélioration des soins prodigués aux personnes âgées en état de fragilité.

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