Les personnes âgées ne constituent pas une menace pour le système de santé canadien

Par Noralou Roos et Nicholas Hirst

Une version de ce commentaire est parue dans L’aut’journal

Nous ne cessons d’entendre dire que la population vieillissante du Canada menace la viabilité financière de son système de santé. Et il ne fait aucun doute que la population du Canada vieillit. En fait, la portion de la population âgée de 65 ans et plus aura presque doublé au cours des 20 prochaines années.

Cette hypothèse repose sur plusieurs faits importants : les coûts des soins de santé augmentent avec l’âge; une population vieillissante accroît la demande de services de santé (potentiellement coûteux), tels que les soins de longue durée; les revenus tendent à décroître à mesure que les gens vieillissent, ce qui réduit le montant relatif des recettes tirées des impôts; et enfin, le simple fait que le taux de natalité n’est plus aussi élevé qu’auparavant. Le nombre de naissances pour 1 000 personnes a chuté et est passé de 28 à l’époque du baby-boom à 11,2 en 2010. Et moins de naissances signifient aussi moins de travailleurs disponibles pour payer les impôts sur lesquels comptent les aînés canadiens pour couvrir les coûts des soins de santé.

Une augmentation annuelle des coûts de l’ordre de 1 pour cent en raison du vieillissement

Malgré cela, est-ce qu’une population vieillissante ruinera le système de santé? La réponse peut paraître surprenante.

Les travaux de recherche indiquent que le vieillissement ne constitue pas une menace importante pour la viabilité financière du système de santé canadien. En fait, des projections récentes estiment que le vieillissement de la population entraînera une augmentation des coûts de l’ordre d’environ 1 pour cent annuellement de 2010 à 2036.

Comment est-ce possible? Il s’agit en partie d’une question de chiffres. Les aînés ne représentent encore qu’une petite portion de la population canadienne : en 2006, il n’y avait que 13 pour cent des Canadiens qui étaient âgés de 65 ans et plus. Si ce pourcentage avait augmenté de 2 pour cent cette année-là, cela équivaudrait à une très faible hausse de 0,3 pour cent du nombre de personnes âgées par rapport au nombre total de Canadiens utilisant les services de santé.

Bien que cette hausse de 1 pour cent dans les coûts des soins de santé soit quand même appréciable, elle est en partie compensée par les revenus que perçoit le gouvernement. Les personnes âgées paient des impôts sur leurs rentes et sur les fonds retirés de leur REER. En même temps, à mesure que l’ensemble de la population vieillit, certains coûts qu’assume le gouvernement devraient diminuer légèrement. Moins de gens fréquenteront l’école et moins de travailleurs recevront des indemnisations versées aux accidentés du travail. Bien sûr, si le Canada accueille plus d’immigrants ou repousse l’âge de la retraite, cela, en retour, aura une incidence sur la rapidité à laquelle l’ensemble de la population vieillit et permettra d’accroître les recettes fiscales perçues auprès d’un plus grand nombre de travailleurs.

De combien augmenteront les coûts des soins de santé à mesure que nous vieillissons? En 2009, les gouvernements provinciaux et territoriaux ont dépensé en moyenne 18 906 $ par année pour les Canadiens âgés de 80 ans et plus, comparativement à 2 398 $ pour les personnes de 15 à 65 ans. Toutefois, la relation entre ces chiffres demeure vraie. Nous avons toujours payé davantage pour les soins de santé des personnes plus âgées. C’est uniquement la hausse de leurs coûts qui devrait nous inquiéter. Et celle-ci, comme nous l’avons démontré, est relativement petite.

Existe-t-il un risque que nous sous-estimions les incidences du vieillissement de la population? Non. Le vieillissement de la population n’est pas un phénomène nouveau; depuis les 40 dernières années, la population canadienne vieillit, ce qui a permis de recueillir des données probantes sur les incidences de cette tendance sur les coûts des soins de santé jusqu’à maintenant. Ces données nous permettront d’extrapoler sur ce que nous réserve l’avenir.

Les autres coûts : les principaux coupables

En fait, il existe d’autres coûts qui contribuent à l’augmentation des dépenses en soins de santé autant que le vieillissement de la population. Les Canadiens utilisent davantage de services plus souvent, et ce, même si plusieurs d’entre eux se révèlent peu efficaces. Nous subissons plus de tests, recevons plus de traitements et consommons plus de médicaments, certains peuvent avoir une influence positive sur la santé tandis que les autres ne font rien d’autre qu’augmenter les coûts. Il s’agit là des enjeux dont les professionnels de la santé et le public qui finance le système doivent se préoccuper.

Le tsunami de têtes grises ne menace pas la viabilité du système de soins de santé canadien. Il augmente les coûts, c’est vrai, mais pas de façon à excéder ce que les Canadiens peuvent s’offrir ou ce qu’ils sont disposés à payer.

Noralou Roos est une professeure à la Faculté de médecine de l’Université du Manitoba et cofondatrice d’EvidenceNetwork.ca, une source d’information non partisane en ligne qui vise à aider les journalistes à couvrir les questions relatives aux politiques en matière de santé au Canada. Nicholas Hirst est chef de la direction d’Original Pictures inc.

avril 2011

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