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Les pharmaciens donnent des conseils pour aider les personnes âgées à réduire la consommation de médicaments préjudiciables

Une version de ce commentaire est parue dans La Presse et Huffington Post Quebec

Le sommeil ne vient pas toujours facilement à mesure que l’on avance en âge. Prenez l’exemple d’Ilsa, 78 ans, récemment devenue veuve. Depuis le décès de son mari, son sommeil s’est dégradé. Lors d’une récente hospitalisation, le bruit et les lumières éblouissantes de l’unité de soins l’ont épuisée et rendue irritable. On lui a prescrit une benzodiazépine à court terme pour l’aider à dormir.

Quelques semaines après son retour à la maison, son médecin de famille lui a suggéré qu’elle devrait peut-être arrêter de prendre la benzodiazépine, ce qu’elle fait d’un seul coup. Puis, Ilsa se met à éprouver le phénomène dit du rebond du sommeil paradoxal et à se sentir très mal. Au bout de quelques jours, elle a recommencé la prise du médicament.

Un an plus tard, Ilsa en est toujours dépendante.

Ilsa n’est pas seule à faire face à l’utilisation chronique de ces médicaments puissants pour dormir et réduire l’anxiété et à en être dépendante. Selon un rapport récent de l’Institut canadien d’information sur la santé, on estime que plus d’une personne âgée sur dix au Canada utilise ces médicaments à risque très élevé de dépendance sur une base régulière. À Terre‑Neuve‑et‑Labrador et au Nouveau‑Brunswick, ce taux grimpe à près d’une personne âgée sur quatre.

À une époque, les benzodiazépines comme l’alprazolam, le diazépam et le lorazépam étaient considérées comme étant beaucoup plus sécuritaires que les solutions alternatives et étaient prescrites assez librement, en particulier aux personnes âgées. Aujourd’hui, les personnes de tous les groupes d’âge font fréquemment une utilisation de façon abusive ou à mauvais escient de ces médicaments et l’usage à long terme est particulièrement préjudiciable. Dans le cas d’Ilsa, les risques de l’usage prolongé dépassent largement les avantages de courte durée pour l’aider à dormir pendant une période stressante de sa vie. Les effets secondaires comprennent une confusion mentale, une mobilité réduite et un risque accru de blessures causées par une chute ou un accident de voiture.

À titre de professionnels de la santé, nous prescrivons et délivrons couramment ces médicaments. Mais, de plus en plus, nous expliquons aux patients les dangers associés à l’usage prolongé et leur donnons des conseils pour éviter qu’à long terme ils développent une dépendance à ces médicaments.

Nous savons que les personnes âgées en particulier ont besoin de soutien pour apprendre à réduire progressivement la prise des médicaments.

Il ne suffit pas de dire aux patients qu’ils devraient arrêter ce médicament. Ils ont besoin de soutien et d’outils pour se sevrer de façon sécuritaire de ces médicaments puissants. En fait, ce sont souvent les personnes âgées elles-mêmes qui nous consultent pour savoir si ces médicaments peuvent entraîner une dépendance. C’est une excellente occasion de discuter des dangers possibles de l’usage à long terme des benzodiazépines.

Dans le cadre d’une étude sans précédent à l’Université de Montréal, des chercheurs et médecins ont tenté de déterminer si les pharmaciens communautaires pouvaient aider les personnes âgées à réduire progressivement leur consommation de benzodiazépines. Pour le tester, ils ont commencé par donner une formation aux pharmaciens sur la façon de le faire de manière sécuritaire. En plus de former les professionnels de la santé, une feuille d’information a été préparée spécifiquement pour les patients sur les dangers des benzodiazépines et des solutions de rechange plus sécuritaires, soit d’autres médicaments ou des stratégies capables de les remplacer.

L’étude a révélé que lorsqu’on leur fournit l’information et les outils, un nombre important de patients étaient capables de réduire progressivement leur posologie, puis d’arrêter complètement la prise de leur benzodiazépine quotidienne. Il s’agit d’un résultat important, car nous savons qu’un sevrage trop rapide ou trop lent peut entraîner un échec et conduire la personne âgée à continuer à prendre le médicament.

Les pharmaciens ont les connaissances pharmacothérapeutiques et les outils nécessaires pour aider les patients à réduire progressivement la prise du médicament.

Dans le cadre de la campagne Choisir avec soin, l’Association des pharmaciens du Canada demande aux 42 000 pharmaciens qui exercent en milieu communautaire et hospitalier au pays de non seulement délivrer des médicaments, mais de fournir de l’information sur la façon d’arrêter les médicaments dangereux. Les recherches montrent qu’aborder avec les patients l’arrêt ou la réduction progressive de prise de médicaments dangereux, comme les benzodiazépines, peut aider à réduire leur utilisation à long terme et la dépendance à ceux-ci.

Les pharmaciens peuvent également renforcer d’autres options de traitement de l’insomnie et de l’anxiété et accompagner les patients pendant l’essai de ces autres options.

Le mois dernier, l’Association des pharmaciens du Canada en collaboration avec la campagne Choisir avec soin, a publié sa liste des six interventions sur lesquelles les pharmaciens et les patients devraient s’interroger. Une des recommandations de la liste, distribuée aux pharmaciens partout au pays, est la suivante : Ne prescrivez pas ou ne remettez pas de benzodiazépines à un patient sans ajouter à son plan de traitement des stratégies de cessation du médicament.

Nous encourageons fortement tous les professionnels de la santé qui prescrivent et délivrent ces médicaments à des personnes âgées à suivre cette recommandation. Nous encourageons également vivement les patients, les soignants et les proches à en tenir compte.

Avez-vous un proche qui prend une benzodiazépine de longue date? À votre prochaine consultation, songez à demander à votre pharmacien ou à votre médecin si le médicament pourrait faire plus de tort que de bien.

 

Phil Emberley est directeur de la Promotion de la pratique et de la recherche à l’Association des pharmaciens du Canada. Il exerce comme pharmacien depuis près de 30 ans.

 La Dre Wendy Levinson est présidente de la campagne Choisir avec soin, conseillère experte auprès du réseau EvidenceNetwork.ca et professeure de médecine à l’Université de Toronto.

Janvier 2018

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