Une version de ce commentaire est parue dans La Presse

View in English

Nous devons soutenir davantage les aînés après un séjour à l’hôpital

AP Photo/Pablo Martinez Monsivais

Avant de faire un accident vasculaire cérébral, Verne, âgé de 72 ans, était un homme indépendant et prospère qui vivait chez lui avec sa femme, en dépit de son diabète et de son arthrite. Il a reçu d’excellents soins d’urgence à l’hôpital et y a commencé sa convalescence. Les choses se sont corsées à son retour à la maison. Il a commencé à montrer des signes de dépression et risquait d’être ré-hospitalisé.

Pendant qu’il attendait des rendez-vous de suivi en neurologie, en physiothérapie et en orthophonie, Verne craignait d’avoir un autre AVC. Il avait de la difficulté à se souvenir de prendre ses nouveaux médicaments et à s’adapter à l’utilisation d’une marchette.

La transition entre la maison et l’hôpital peut présenter un défi pour les personnes âgées qui souffrent de plusieurs maladies chroniques. Souvent, les services de soins à domicile sont inexistants ou inadéquats. Et les soins de suivi dispensés par des médecins ou des spécialistes sont souvent rares ou demandent de nombreux rendez-vous sur de longues périodes d’attente. Ajoutez à cela le défi de gérer des problèmes de santé complexes, les risques de dépression et une mauvaise condition, et le taux d’hospitalisation deviennent récurrents.

Malheureusement, Verne n’est pas le seul dans son cas.

Le rapport de 2016 de l’Association médicale canadienne intitulé Portrait des soins de santé aux aînés au Canada met en lumière un problème majeur : notre système de soins de santé a été créé pour offrir principalement des soins aigus et épisodiques à une population relativement jeune. Aujourd’hui, notre système a de la difficulté à prendre soin, de manière adéquate, des patients qui ont de multiples problèmes de santé. Et nous savons que les personnes âgées atteintes de maladies chroniques ont besoin de plus de services de santé et présentent un risque plus élevé d’hospitalisation, si l’on compare aux personnes qui ont une seule affection chronique.

Les personnes âgées comme Verne font partie du groupe d’âge qui connaît la plus forte croissance au pays, et cette population, âgée de 65 ans ou plus, est à hauteur de 16,7 % en Ontario, de 18,3 % en Colombie-Britannique et au Québec, et de 19,9 % en Nouvelle-Écosse.

De plus, les multiples maladies chroniques chez les aînés augmentent. Environ 75 à 80 pour cent des personnes âgées au Canada déclarent avoir une ou plusieurs maladies chroniques telles que le diabète, l’asthme, l’arthrite, l’hypertension, les troubles de l’humeur et une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC).

Comme Verne, ces personnes font face à plusieurs défis dans l’organisation de leurs soins de santé. Un manque de coordination des soins entre les professionnels de la santé, associé à une faible littératie en matière de santé, leur fait obstacle. Les soins qu’ils reçoivent sont parcellaires et fragmentés, et l’accent mis sur le patient et la famille dans son ensemble est faible. Parmi les autres défis à surmonter, on compte des ressources financières restreintes pour couvrir les coûts des fournitures, les soins complémentaires et le transport.

Les personnes âgées vivent souvent dans l’isolement. Pour leur part, les proches aidants manquent souvent de soutien. Et l’administration de plusieurs médicaments, souvent en interaction, est également difficile.

Quelles seraient donc les solutions? Nous avons demandé aux personnes âgées de trouver des réponses.

Comme chercheuses de l’Unité de recherche sur la communauté, la santé et le vieillissement de l’Université McMaster, nous collaborons avec des personnes âgées aux prises avec de multiples affections chroniques et leurs proches aidants afin de promouvoir un vieillissement optimal à la maison.

Le nouveau programme de soins de transition entre l’hôpital et la maison, Community Assets Supporting Transitions (CAST), mis en oeuvre à Sudbury, à Burlington et à Hamilton, vise à réduire les symptômes dépressifs, à améliorer la qualité de vie et l’autonomie des patients et à soutenir les proches aidants. Le programme CAST est offert par des infirmières autorisées qui aident les patients en transition de l’hôpital au domicile, et ce, sur une période de six mois; il inclut des visites à domicile, un suivi téléphonique et la coordination des soins.

Il existe également un programme communautaire d’autogestion du diabète en Ontario, au Québec et à l’Île-du-Prince-Édouard, conçu pour les personnes âgées atteintes de diabète et d’autres affections chroniques. Ces programmes comprennent des séances de mise en forme mensuelles et une série de visites à domicile d’une infirmière autorisée et d’un(e) diététiste agréé(e). Ils travaillent en équipe avec le personnel et les bénévoles des centres pour personnes âgées ou des YMCA pour offrir un programme de promotion de la santé aux participants.

Nous avons également créé une nouvelle offre de services de réadaptation aux personnes âgées vivant dans la communauté, ayant subi un AVC et souffrant de multiples maladies chroniques. Nous offrons des visites à domicile de façon régulière aux patients et créons des conférences mensuelles sur les soins interprofessionnels pour les fournisseurs. Nous avons également mis au point une nouvelle application Web, MyST (My Stroke Team) pour soutenir la communication et la collaboration entre les équipes interprofessionnelles.

Il est évident que le système actuel ne répond pas aux besoins de notre population vieillissante et n’apporte pas les soins de qualité aux personnes âgées d’aujourd’hui. Des projets pilotes novateurs pour améliorer la transition entre l’hôpital et la maison aideront à créer un système à la fois plus efficace et rentable et à améliorer la qualité des soins pour nos aînés, comme Verne.

 

Ruta Valaitis, Ph.D., est professeure à l’École des sciences infirmières de l’Université McMaster, titulaire de la chaire Dorothy C. Hallsur les soins infirmiers de première ligne et codirectrice scientifique de l’Unité de recherche sur la santé, la communauté et le vieillissementElle collabore également à EvidenceNetwork.ca, attaché à l’Université de Winnipeg.

Maureen Markle-Reid, Ph.D., est professeure à l’École des sciences infirmières de l’Université McMaster, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les interventions centrées sur la personne auprès des adultes vieillissants atteints de plusieurs maladies et leurs aidants et co-directrice scientifique de l’unité de recherche sur le vieillissement, la communauté et la santé.

Octobre 2018

Print Friendly, PDF & Email

This work is licensed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License.