Pour combler le trou dans la couche d’ozone, nous avons remplacé les anciens gaz nocifs par des substances qui, en se dégradant, triplent les niveaux d’un type de PFAS.
L’abandon des substances nocives pour l’ozone stratosphérique a favorisé le recours à des substituts qui ont cependant un autre effet néfaste, moins évident, sur l’environnement : la diffusion d’un type particulier de PFAS, l’acide trifluoroacétique (TFA). Basé sur une étude publiée dans Lettres de recherche géophysiqueles niveaux de cet « éternel polluant » dans les écosystèmes du monde entier ont triplé en 20 ans, en grande partie à cause de la dégradation dans l’atmosphère des gaz réfrigérants qui nous aident à combler le trou de la couche d’ozone.
La recherche souligne la complexité de l’équilibre sur lequel repose notre planète et invite à réfléchir sur d’éventuelles alternatives aux HFC (hydrofluorocarbures) et HFO (hydrofluorooléfines), aujourd’hui largement utilisés dans les systèmes de climatisation, de réfrigération et de mousse isolante.
Un PFAS omniprésent et en augmentation
Les substances perfluoroalkyles ou acides perfluoroacryliques (PFAS) sont des composés chimiques utilisés dans de nombreux complexes industriels, caractérisés par une stabilité thermique particulière, des propriétés hydrofuges et oléofuges : des exigences qui augmentent leur résistance aux températures élevées, à l’eau et aux graisses, mais qui signifient malheureusement qu’ils ont une très longue persistance dans l’environnement. Le TFA est le PFAS le plus abondant dans les eaux terrestres et aussi celui qui fait régulièrement surface en plus grande quantité partout où les PFAS sont recherchés (il a même été trouvé dans le sang humain, l’eau potable et la poussière domestique).
Des études portant sur la présence de TFA dans les carottes de glace de l’Arctique suggèrent que les dépôts de ce composé ont été multipliés par dix depuis les années 1970. On soupçonne depuis longtemps que les substituts aux chlorofluorocarbones ou CFC (les composés du chlore, du fluor et du carbone qui produisent un appauvrissement de l’ozone stratosphérique et qui ont donc été interdits par le Protocole de Montréal, en vigueur depuis 1989) sont une source importante d’AGT, et la nouvelle étude aide à mieux comprendre les dimensions du problème.
Il pleut des PFAS
Des scientifiques de l’Université de Lancaster (Royaume-Uni) et de Californie à San Diego ont découvert que la quantité de TFA déposés de l’atmosphère vers le sol par le vent et la pluie est passée de 6 800 tonnes par an en 2000 à 21 800 tonnes en 2022.
Les CFC, réfrigérants du passé, ont été remplacés à la fin des années 1980 par des hydrofluorocarbures (HFC) qui, bien que n’endommageant pas la couche d’ozone, sont cependant de puissants gaz à effet de serre et sont donc progressivement éliminés. Dans l’atmosphère, les HFC réagissent avec d’autres composés pour former du TFA comme produit de dégradation. Une autre classe de substances utilisées pour remplacer les HFC, les gaz réfrigérants HFO ou les hydrofluorooléfines, se dégradent en TFA à des rythmes encore plus rapides.
Parmi ces gaz préoccupants, il y en a un, appelé HFO-1234yf, largement utilisé dans les climatiseurs automobiles, qui produit du TFA à des taux 10 fois supérieurs à ceux des « anciens » HFC. Les pesticides, autres composés industriels et produits pharmaceutiques peuvent également se dégrader en TFA.
Analyse des risques
Les effets précis des AGT sur la santé humaine ne sont pas connus, bien que l’Union européenne le considère comme nocif pour la vie aquatique et évalue s’il peut avoir des effets nocifs sur la fertilité et la reproduction humaines. La recherche est une invitation à considérer avec plus d’attention et de vision plus large les nombreuses conséquences possibles de la dispersion de composés industriels dans les écosystèmes, même si – évidemment – le retour aux CFC ou aux réfrigérants ultérieurs n’est ni possible ni conseillé.
