Pourquoi votre cerveau déteste le multitâche (et comment cela vous ralentit)

Pourquoi votre cerveau déteste le multitâche (et comment cela vous ralentit)

Par Dr. Kyle Muller

Passer d’une tâche à une autre ne nous rend pas plus efficaces, mais cela consomme de précieuses ressources. Le multitâche est une illusion trop coûteuse pour notre cerveau.

Nous avions déjà compris que le multitâche était un piège : aujourd’hui, une étude qui tentait d’entraîner le cerveau de certains participants au multitâche a révélé que, même après une formation approfondie, effectuer deux tâches très différentes en même temps n’est pas vraiment notre spécialité. Lorsqu’on y est obligé, le cerveau se fatigue facilement et est plus enclin à commettre des erreurs, un fait dont il faut tenir compte pour améliorer la sécurité au travail.

Un entraînement difficile

Un groupe de scientifiques de la FernUniversität de Hagen et de l’École de médecine de Hambourg, en Allemagne, a recruté pour trois expériences un groupe de participants chargés d’effectuer deux tâches simultanément : avec leur main droite, ils devaient indiquer les dimensions d’un cercle qu’ils avaient pu observer brièvement, et entre-temps, ils devaient dire si un son entendu à ce moment-là était aigu, moyen ou grave. Les deux tâches ont été spécifiquement choisies car elles impliquaient des compétences différentes, une visuelle-manuelle et une auditive-verbale.

Les chercheurs ont immédiatement mesuré la rapidité avec laquelle les participants étaient capables de réaliser les deux activités en même temps, mais les volontaires ont ensuite eu 12 jours pour répéter les tâches et s’entraîner pour les réaliser à l’unisson. Plus les répétitions des tests étaient fréquentes, plus rapidement ils étaient capables de reproduire les deux exercices sans erreur lorsqu’on leur demandait. Tout va bien, alors. Ou peut-être pas ?

Pas tout à fait en parallèle

Des études antérieures avaient suggéré qu’un entraînement intensif pour travailler sur deux tâches simultanément pourrait conduire à leur traitement complètement parallèle dans le cerveau et ainsi réduire les coûts cognitifs des tâches doubles (comme les ralentissements du temps d’exécution, la fatigue mentale, les baisses de précision…). Cette hypothèse était considérée comme la preuve de la capacité du cerveau à effectuer plusieurs tâches à la fois. La nouvelle étude a cependant montré que ce n’est pas le cas et que, même après un entraînement approfondi, le cerveau continue d’effectuer les deux tâches de manière pas exactement simultanée.

En fait, chaque petit changement introduit dans l’une des deux tâches provoquait une augmentation des erreurs et prolongeait le temps mis par les participants pour accomplir les deux tâches. Selon les auteurs de l’étude, cela démontre l’existence d’un « goulot d’étranglement » dans la capacité du cerveau à effectuer plusieurs tâches à la fois et le danger de s’appuyer sur cette capacité présumée dans la vie de tous les jours (par exemple, lorsque nous effectuons n’importe quel type d’activité en parlant sur un téléphone portable).

Comprendre quelles sont les limites physiologiques du traitement de l’information pour le cerveau humain est également important dans le but d’améliorer les tâches d’apprentissage, et pour la question de la sécurité au travail : de nombreuses professions dont dépendent la santé et la sécurité d’autrui nécessitent d’effectuer plusieurs tâches simultanément.

Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
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