Adolescence and perception of time

Adolescence et perception du temps

Par Dr. Kyle Muller

Les enfants et les jeunes ont une perception différente du temps, liée à la construction de leur propre identité : les parents ont un rôle central pour les aider sur ce chemin

«Cet été, je ne veux rien faire. Je veux juste m’enfermer dans ma chambre et me reposer. Je ne veux penser à rien. » C’est la phrase d’une adolescente de 17 ans dans le cadre de ses réflexions sur l’été qui approche.

Cet exemple nous permet de réfléchir à la façon dont temps à l’adolescence peut être vécu non seulement comme porteur d’attentes et de vitalitémais aussi comme une interruption, un besoin de s’arrêter, d’attendre, un besoin de départ pour la construction de soi.

La construction de l’identité

L’adolescence est une phase évolutive au cours de laquelle, parallèlement aux changements corporels, cognitifs et émotionnels, le macrosystème de référence espace-temps est restructuré. En d’autres termes, si l’enfant vit immergé dans le présent, pour le jeune, le temps du futur prend de nouvelles nuances et implications : le temps est chargé de sensainsi que des angoisses et des espoirs.

Pour le psychanalyste pour enfants Erik Erikson, le développement à l’adolescence a pour objectif la construction de l’identité personnelle, et cela se produit également grâce à un nouveau rapport au temps, dans lequel le sentiment d’appartenance au passé se conjugue avec le mouvement vers le futur et la « futurabilité ». Cette dernière doit être comprise comme une émotion d’espoir, de motivation et de recherche vers le nouveau et le possible. Cependant, pour que cela se produise, il est important que l’enfant soit reconnu de l’extérieur comme ayant la possibilité d’un « moratoire psychosocial », c’est-à-dire qu’il soit exempté des obligations et responsabilités des adultes, afin qu’il puisse avoir le temps de vivre et de résoudre sa crise de développement personnel. Si le processus réussit, le jeune sera capable d’intégrer toutes les identifications antérieures qu’il a vécues dans son enfance dans une nouvelle configuration adolescente, dans laquelle il y aura de la place pour un nouveau corps et de nouveaux besoins.

Que se passe-t-il si quelque chose ne fonctionne pas ?

Dans certains cas, les enfants bloquent leur processus de développement et peuvent réagir de différentes manières à cette phase de croissance et d’évolution identitaire :

  • d’une part, il peut y avoir un réponse de retrait régressive. Qu’est-ce que ça veut dire? Le garçon rejette les nouveautés, ne cherche pas de nouveaux espaces d’autonomie et se limite à une vie quotidienne composée d’école et de maison, montrant peu d’intérêt pour les interactions avec les autres enfants. Par exemple, ils peuvent « se jeter dans l’alimentation » pour exprimer leur frustration, ou faire preuve d’une attention excessive envers la sphère de la nutrition – domaine primordial de satisfaction des besoins – afin d’entretenir l’illusion de tout contrôler. Même les cas de « retrait social » et les nouvelles formes de Dépendance à Internet (dépendance à Internet) sont des signes de fermeture face à une époque de transformation et de croissance
  • au contraire, le garçon peut aussi avoir des comportements à risque. Il ne s’agit pas ici de « essayer » de fumer une cigarette ou de boire une bière, des choses qui font partie des expériences normales de l’adolescence, mais, par exemple, de comportements sexuels précoces et de promiscuité, ou d’actes d’intimidation ou d’attitudes particulièrement provocatrices, qui mettent en danger soi-même et autrui. Dans des cas similaires, le rapport au temps s’inverse : tout est vécu « jusqu’à la dernière goutte », tout court et doit être poursuivi. Le temps devient quelque chose qui persécute et opprime le jeune, et il n’a d’autre choix que de courir contre le temps, contre les responsabilités, contre cet être adulte qui exige des compromis entre soi et les autres.

Que doivent faire les parents ?

La famille a pour tâche d’accueillir les difficultés de l’adolescent, de le protéger et de l’orienter, mais surtout de rôle la première préoccupation des parents est de « rester »au-delà des changements d’humeur, des provocations, des atteintes aux règles que les enfants mettent en œuvre au quotidien. Rester à sa place, ne pas abandonner, souffrir des « non » donnés mais être capable de les maintenir, se rendre disponible pour accepter les éclats, respecter également le besoin de solitude de l’enfant : ce sont des tâches difficiles, aujourd’hui encore plus complexes en raison des différents défis auxquels les familles doivent faire face.

Un nouveau travail sur la temporalité (qui concerne ce qui est temporel, par opposition à ce qui est spirituel) est nécessaire tant pour les parents que pour les enfants : lâcher prise sur les enfants du passé, préserver l’affection de la mémoire, est une étape difficile. La peur que les enfants puissent commettre des erreurs ou être blessés par d’autres bloque parfois les adultes au seuil de l’enfance. Dans ces cas-là, l’enfant est toujours trop jeune pour sortir seul, trop jeune pour décider quel sport il veut pratiquer, trop jeune pour étudier sans aide extérieure. De cette manière, l’adulte véhicule inconsciemment l’idée que grandir est quelque chose de dangereux et de douloureux, et n’aide pas l’adolescent à affronter les nouveaux défis que la croissance lui propose avec la bonne détermination. Tomber dans l’erreur inverse de perdre ses responsabilités est également un risque fréquent. Certains parents croient que l’enfant est désormais capable d’agir et de décider par lui-même, mais s’ils se retirent de leur rôle d’orientation et de protection, ils mettent le jeune dans un état d’anxiété face à l’avenir, car ils n’ont pas la possibilité d’y réfléchir ensemble.

La position correcte correspond à une bonne écoute et une présence constante dans la vie des les enfants, qui peuvent ainsi faire confiance et s’appuyer sur le parent considéré comme une référence autoritaire et non autoritaire, se sentant ainsi libres de se tromper et se donnant le temps de faire mais aussi de ne pas faire.

Si nous considérons le temps comme une rivière qui coule, nous devons imaginer que l’enfant a la liberté d’explorer toutes les voies par lesquelles la rivière peut être traversée, plongeant lentement ses pieds dans l’eau glacée, pendant que le parent lui tient la main. Là, vous pourrez vous baigner agréablement, barboter entre amis et vous reposer occasionnellement sur la berge tout en regardant la rivière. Le travail du parent est d’être un bon gardien de cette rivière qui couleoù l’eau ne peut être arrêtée mais où les dangers et les trésors de ce passage peuvent être vus ensemble.

Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
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