Bien que chaque enfant suive une trajectoire personnelle de développement du langage, il est possible d’identifier certaines phases communes et de l’aider sur ce chemin important avec des activités et des stimuli quotidiens.
« Les examens ne finissent jamais », titre d’une célèbre comédie écrite par Eduardo De Filippo, est désormais une expression couramment utilisée pour nous rappeler que dans la vie, on ne cesse jamais d’apprendre. Même le développement du langage ne s’arrête certainement pas avec l’enfance, mais cette période de la vie est sans aucun doute importante car c’est celle où se posent les bases de l’individu adulte et où le progrès est à l’ordre du jour. Chaque interaction, chaque expérience contribue à la croissance linguistique et cognitive, confirmant que l’apprentissage est un voyage sans fin.
Dans cet article, nous explorerons les principales étapes du développement du langage, pour savoir à quoi s’attendre lors des différentes étapes de développement : de la gestation aux 4 premières années et demie de la vie d’un enfant. Nous découvrirons également comment aider les enfants à développer le langage, à travers des stimuli et des activités quotidiennes, et quels sont les signes avant-coureurs auxquels il faut prêter attention.
Quelles sont les étapes du développement du langage ?
Un principe s’impose : chaque enfant suit sa propre trajectoire de développement personnelle. Cela s’applique non seulement au développement du langage, mais à tous les domaines, moteurs, cognitifs, émotionnels, etc. D’où une précision supplémentaire : l’enfance n’est pas une race. Chacun atteindra certains objectifs à son propre rythme, en sautant peut-être des étapes ou en en faisant quelques autres. En effet, la croissance de l’individu est guidée par deux facteurs fondamentaux : le patrimoine génétique (qui est différent pour chacun de nous, à la seule exception des jumeaux homozygotes) et l’interaction avec l’environnement.
Nous décrivons ci-dessous les caractéristiques des phases linguistiques, telles que les experts les distinguent pour des raisons de commodité d’étude, mais nous gardons toujours à l’esprit l’existence de variables individuelles :
- Gestation, environ 16 semaines après la conception (alors qu’il ne mesure que 11 cm de long), le fœtus a une audition presque complètement développée et il commence à être possible d’enregistrer certaines de ses réactions aux sons. Selon certaines études récentes, les bruits extérieurs arrivent très étouffés à l’intérieur du ventre ; ce qu’on entend clairement, c’est la voix de la mère, les battements de son cœur, sa respiration. C’est le bon moment pour les parents de commencer à parler à l’enfant ! Tout le monde n’est pas prédisposé à interagir avec les petits, c’est pourquoi une période de formation alors que l’enfant n’est pas encore né permet à l’adulte de comprendre quel est son propre style de communication ;
- 0 mois, alors qu’il vient de naître, mais sait reconnaître la voix de ceux qui s’occupent de lui et discrimine sa (ses) langue(s) maternelle(s) des autres. Il émet déjà des sons, appelés sons végétatifs car liés aux fonctions vitales et surtout… il pleure ;
- Vers 3-4 mois, vers cet âge apparaît le sourire social, c’est-à-dire le sourire en réponse au contact visuel avec une autre personne, surtout si elle est familière. Il existe des vocalisations ou des sons constitués de voyelles, avec des variations de note et de ton au point de ressembler à une sorte de chant. A cet âge il apprend à écouter les autres et lui-même et le son de sa voix l’amuse beaucoup ;
- 6-7 mois, c’est la période du « babillage canonique », c’est-à-dire lorsque le bébé produit des séquences répétées de consonnes et de voyelles, telles que «maman» Il est facile de confondre ces productions avec des premiers mots, mais ce n’est pas du tout le cas ! La variété des sons qu’il produit à ce stade diminue par rapport aux mois précédents car il commence à respecter les restrictions phonologiques de la langue à laquelle il est exposé. En effet, à la naissance nous avons le pouvoir extraordinaire de reproduire tous les sons des langues du monde. Ensuite, en écoutant quelques-uns d’entre eux, nous nous concentrons sur ceux qui servent à parler le langage de l’environnement dans lequel nous vivons. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est conseillé aux familles bilingues d’interagir dès le début avec l’enfant dans toutes les langues du contexte familial, afin que sa perception et sa prononciation soient facilitées ;
- Entre 9 et 10 mois, le babillage change et pendant cette période, on peut reconnaître les « babillages variés ». Les sons varient, alternant différentes consonnes et voyelles, par exemple «totitoti». A cet âge l’enfant doit démontrer une compréhension entre 20 et 100 mots : il y a une grande variabilité ! L’utilisation de gestes tels que pointer (ou pointant);
- 12-13 mois, voici enfin les premiers mots ! Il faut tenir compte du fait que le passage du babillage aux premiers mots n’est pas soudain mais progressif. L’enfant comprend désormais également des phrases simples en contexte et son répertoire de gestes est plus large : saluer, applaudir, etc.
- Entre 12 et 18 mois, à cet âge le nombre de mots utilisés augmente rapidement. A 18 mois, le vocabulaire doit contenir environ 50 mots. C’est précisément pour cette raison que cette phase est appelée « lexique émergent ». Parfois l’enfant utilise un seul mot qui représente pourtant une phrase entière : « balle » dit dans l’intention de décrire que « l’enfant a lancé la balle très fort ». Techniquement, cette « balle » est définie holophrase;
- De 18 à 24 mois, deux mots sont combinés pour former une phrase. On assiste également à une explosion du vocabulaire, jusqu’à 50 nouveaux mots par mois ! Cependant, dans cette phase (en particulier entre 20 et 30 mois), des différences individuelles notables apparaissent. Le discours de l’enfant est compréhensible à 25-50 % car la prononciation n’est pas encore tout à fait exacte ;
- Entre 24 et 30 mois, les peines deviennent de plus en plus complexes, même s’il est normal qu’elles soient incomplètes. Il existe encore des distorsions dans la prononciation car tous les sons ne sont pas prononcés correctement. Les adultes devraient être capables de comprendre 50 à 75 % de ce que dit l’enfant. Il y a environ 250 mots connus. Les onomatopées commencent à se transformer en mots au sens strict du terme : la « trame » devient alors le « chien » ;
- A 3 ans et demi, les phrases sont complètes et compréhensibles à 75-100%, donc presque tout est dit. Cependant, ce « presque » est très important, car il existe encore des sons qui peuvent être difficilement prononcés. Il peut notamment y avoir des simplifications de groupes de consonnes : par exemple « copa » pour « balai » ;
- 4 ans et demi, même les sons les plus difficiles comme /r/ se consolident. On peut dire qu’à cet âge les compétences linguistiques de base sont acquises. Ceci est fondamental car désormais l’enfant pourra se concentrer sur les prérequis à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, notamment ces compétences que l’on appelle « métaphonologie » et sur les compétences linguistiques « supérieures », telles que l’usage récréatif, l’ironie, les sous-textes. Comme dit dans l’introduction, nous ne cessons jamais d’apprendre et dans certains aspects (vocabulaire, grammaire, pragmatique) la langue progressera tout au long de la vie de l’individu.
Comment aider les enfants à développer le langage ?
Quiconque étudie le développement de l’enfant rencontre tôt ou tard un auteur qui a marqué un tournant important dans la perspective pédagogique : Lev Semënovič Vygotskij, psychologue et pédagogue qui a même été défini comme « Mozart de la psychologie».
Il a basé ses théories sur l’idée que chez l’enfant, il existe une distance entre le niveau de développement actuel et le niveau de développement potentiel qui peut être atteint avec l’aide d’autres personnes ; cette distance est appelée « zone de développement proximal ». Il représente donc cette tâche qui demande un peu plus d’efforts de la part de l’enfant que ce qu’il sait faire couramment et qu’il peut accomplir avec un minimum d’aide des autres. Par exemple, une fillette de 3 ans pourrait être en mesure de fermer sa veste pour la fermer après que son père ait enfoncé l’épingle du bas dans le curseur.
Le concept de « zone de développement proximal » (également appelée « zone de développement proche ») est important lorsque l’on veut favoriser le développement du langage et, par définition, il fonctionne quelle que soit la phase que nous traversons. Alors, voici une règle simple : « ajoutez toujours un petit plus ». Par exemple, lorsque l’enfant s’exclame « Maman, chien ! », le parent peut répondre « Oui, un gros chien ! ». On allonge ainsi ses phrases élément par élément, lui offrant un exemple à suivre qui est à sa portée. Cependant, lorsque la prononciation n’est pas précise, nous fournissons également le modèle approprié dans ce cas, sans toutefois insister pour que vous le répétiez correctement : « ino ! » « Ballon! ».
Grâce à cette astuce, n’importe quelle occasion peut être un bon moment pour donner de l’inspiration à notre enfant. Il existe cependant des activités particulièrement efficaces pour le développement du langage. Lequel? D’abord il fait de tout, lire des livres, mais aussi des activités d’écoute et musicales, des ateliers sensoriels (les mots qu’on apprend le mieux sont ceux liés aux 5 sens), jouer dans la nature, rencontrer de nouveaux amis, visiter de nouveaux endroits.
Sonnette d’alarme dans le développement du langage
Chaque enfant suit sa propre trajectoire de développement, mais certains parents peuvent s’alarmer en le voyant en difficulté et en faisant des comparaisons avec des camarades de classe de maternelle, des enfants rencontrés au parc, des enfants d’amis ou des frères et sœurs. Comment savoir quand il faut vraiment s’inquiéter ? Lors des bilans de santé, le pédiatre utilise quelques questions pour enquêter sur la présence d’éventuels signaux d’alarme concernant le développement du langage :
- à 10 mois pas de babillage ;
- à 12-14 mois, il n’utilise pas de gestes pour communiquer ;
- à 18 mois, il utilise un vocabulaire de moins de 20 mots et ne comprend pas les requêtes « simples » comme « donne-moi la main » ;
- à 24 mois, parle moins de 50 mots ;
- à 30 mois il ne combine pas au moins 2 mots pour faire une phrase ;
- à 36 mois la langue est mal comprise.
Attention : la présence de l’un de ces signes n’établit pas forcément la présence d’un trouble du langage ! De nombreux enfants qui semblent en retard entre 18 et 24 mois plus tard se rétablissent spontanément sans problème : ce sont ce qu’on appelle les « retardataires ». En fonction de l’histoire de l’enfant et de celle des parents, le pédiatre de famille pourra faire les premières observations et, s’il le juge opportun, indiquer une investigation plus approfondie, en conseillant de contacter le spécialiste le plus approprié.
