Devenir mère : à quoi s'attendre et comment affronter ses peurs

Devenir mère : à quoi s’attendre et comment affronter ses peurs

Par Dr. Kyle Muller

La décision de devenir mère met en scène l’avenir le plus imprévisible qui soit. Essayons de comprendre comment éviter que l’anxiété ne compromette la qualité de vie de la future maman et de sa famille.

Aujourd’hui, contrairement à ce qui se passait il y a quelques décennies (la pilule contraceptive est devenue légale en Italie en 1971 !), devenir mère est presque toujours un choix. Et comme tout choix, il est précédé de réflexions, d’évaluations, de comparaisons entre les avantages et les inconvénients de quelque chose qui arrivera, si cela arrive, dans le futur. C’est ainsi que nous prenons toutes les décisions : avec un « voyage » vers le futur qui inclut inévitablement de l’incertitude.

La décision de devenir mère met en scène l’avenir le plus imprévisible qui soit. Un avenir dans lequel est impliqué le corps de la femme, qui ne sera plus ce qu’il est lorsque la maternité n’est qu’un projet : il changera, il sera traversé par des sensations inconnues, il expérimentera le partage intime et profond d’une vie en lui-même, il fera face à l’engagement de l’accouchement, puis au contact avec le nouveau-né, avec sa fragilité et sa dépendance totale aux soins de la mère. Tout cela peut produire des émotions jusqu’alors inconnues, ou en tout cas jamais ressenties avec la même intensité, parmi lesquelles la peur et l’anxiété de devenir mère.

Gérer les angoisses et les peurs de devenir mère

Qu’est-ce que ça fait de devenir mère ? L’une des émotions est certainement l’anxiété, ou en tout cas cet état d’inquiétude qu’un psychanalyste, Donald Winnicott, a défini comme « préoccupation maternelle première » : l’attention accrue, jusqu’à presque souffrir, aux signaux de son propre corps et à ceux de son « contenu », attention qui se déplacera ensuite, après la naissance, vers les signaux envoyés par le bébé, et qui a sa propre fonction : activer la relation de soin, essentielle à la survie de l’enfant.

Autant dire que les doutes, les insécurités et les peurs des futures mamans ont du sens, et les écarter hâtivement (« Ce ne sont que des angoisses excessives… ») est simpliste et peu utile.

Bien sûr, il y a aussi des futures mamans qui sont moins anxieuses, ou du moins pas tout à fait anxieuses, mais pour elles aussi il y a une connotation négative toute faite : téméraire, superficielle, inattentive…

Essayons plutôt de voir comment éviter que l’anxiété ne compromette la qualité de vie de la future mère et de sa famille. Par exemple, est-ce que des recherches supplémentaires peuvent aider à gérer les angoisses et les peurs liées au fait de devenir mère ?

Information et infodémie

Le mot infodémie est entré dans le langage courant lors de la pandémie de Covid-19. Cela indique la diffusion d’une quantité excessive d’informations, pas toujours fiables, ce qui rend difficile de s’orienter sur un sujet particulier. Tenter de réduire l’anxiété en recherchant des informations par tous les canaux disponibles aujourd’hui peut conduire à trop accumuler et à ne plus pouvoir distinguer ceux qui peuvent être considérés comme fiables.

Les lecteurs de cet article ont choisi cette source d’information – Uppa – pour différentes raisons, mais l’une d’elles est certainement la transparence : les informations proviennent de personnes reconnaissables, qui les signent et dont la compétence professionnelle est facilement vérifiable. Mais il existe d’autres canaux d’information qui ne présentent pas ces caractéristiques et diffusent des informations, des conseils et des opinions sur des sujets délicats comme celui-ci.

Alors que les comportements à adopter sont si importants non seulement pour la santé de l’enfant mais aussi pour le bien-être émotionnel de la mère, il est important de se défendre de la tentation de déambuler entre les blogs, les groupes sociaux, les influenceurs… Des lignes directrices ?

  1. Un témoignage n’est pas une opinion sur laquelle on peut se fier. Tout ce qui commence par « Il m’est arrivé que… » n’est pas une information sur laquelle fonder des décisions, et n’est pas utile pour réduire l’anxiété, bien au contraire : nous trouverons sûrement un « Il m’est arrivé que… » différent ou opposé dans un autre blog, ce qui nous poussera à chercher encore et encore, avec une anxiété croissante.
  2. Contactez une personne réelle, compétente et connaissant votre historique de santé et de maternité : le gynécologue, la sage-femme, votre médecin généraliste. Les questions, les doutes et les angoisses doivent être abordés avec eux.
  3. Essayez de réduire la tentation de rechercher des informations sur tout : comment manger, combien de temps dormir, avoir ou non des relations sexuelles, faire ou ne pas faire de sport, les risques présents et futurs possibles pour la mère et le bébé. N’oubliez pas que cette tentation naît de la tentative impossible de maîtriser la complexité et l’incertitude, qui sont une composante inéliminable de la vie et, en particulier, de la parentalité.

La médicalisation de la maternité

Un autre élément d’inquiétude apparu ces derniers temps est la conviction qu’il est possible de réduire l’incertitude, et surtout les risques futurs, grâce à une intervention médicale massive : tests et contrôles, investigations de plus en plus approfondies au moindre soupçon détecté par les tests. C’est un cercle vicieux, plus on fait de tests, plus il y a de chances qu’il ressorte quelque chose qui sort un peu des paramètres normaux, donc il vaut mieux approfondir, mieux faire d’autres tests… Je ne dis pas qu’il faut aller à l’extrême inverse, « laissons faire la nature ». Mais il faudrait retrouver une plus grande confiance dans la normalité de la grossesse, dans la merveilleuse capacité du corps féminin à accomplir cette tâche du mieux possible.

Le conseil, également dans ce cas, est de contacter un professionnel capable de limiter les contrôles, examens, enquêtes au strict minimum, de partager avec vous la décision sur quoi et combien faire, et aussi d’accueillir vos angoisses, vos inquiétudes sans les ridiculiser, mais aussi sans chercher à les réduire avec des tests et des tests qui ne finiraient jamais par suffire.

Un facteur de protection : la relation de couple

La maternité est une expérience qui se complète et s’enrichit dans la relation de couple. La participation du partenaire de la future mère au processus d’accouchement est essentielle pour faire face aux inévitables angoisses de la femme, mais aussi pour construire immédiatement la relation avec la « dyade » mère-bébé, qui se poursuivra, en tant que dyade, pendant un certain temps après la naissance.

Si nous parlons des pères, cette participation, beaucoup plus courante aujourd’hui que par le passé, doit être encouragée et valorisée. On est tenté de créer une « bulle » entièrement féminine (futures grand-mères, sœurs, amies), dans laquelle circulent expériences et conseils, souvenirs et recommandations de « celles qui savent » de quoi elles parlent. Mais le regard du père, qui a été défini comme le « regard latéral », aux côtés de la mère, même si celle-ci ne peut pas vivre pleinement sa propre expérience, s’avère d’une grande importance dans toute l’expérience de la maternité de la femme et constitue la prémisse d’une parentalité active et partagée.

Cultiver la qualité de la relation de couple, c’est aussi partager les angoisses, les doutes et les moments de crise avec son partenaire. Peut-être que c’est la première fois que cela arrive, peut-être que jusqu’à ce moment-là, ils partageaient avant tout des enthousiasmes et des projets, du bonheur et de la passion. La parentalité est un tournant, qui permet à la relation de couple de mûrir si l’on permet à son partenaire d’apprendre à rester proche de la future maman lorsqu’elle est inquiète, effrayée, pleine d’incertitudes. Même s’il vit les mêmes incertitudes, les mêmes inquiétudes.

Il se reproduira, tout au long de votre vie de parent, ce que vous êtes. Mieux vaut apprendre tout de suite à se parler, à partager, à trouver des moyens de se soutenir. Le voyage a commencé, et c’est un voyage qui se déroule à deux, avec l’enfant qui monte à bord. Une certaine anxiété est compréhensible.

Et la mère célibataire, par choix ou par situation de vie ? Le conseil est de choisir la proximité de personnes de confiance. Pas trop. On risque de se laisser submerger par des offres d’aide, des conseils, des indications bien intentionnées, qui peuvent désorienter dans ce moment très intime et personnel qu’est la maternité.
Bref, le temps de la maternité doit être un temps de relations chaleureuses et apaisées. Une sorte d’incubateur émotionnel qui accueille aussi l’anxiété, sans la nier.

Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
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