John Hutchinson est professeur de biomécanique évolutive au Royal Veterinary College de Londres et l’heureux propriétaire de la plus grande collection de pattes d’éléphant congelées au monde. Cela semble n’être qu’une curiosité, mais cela l’a aidé, lui et ses collègues, à révéler un secret sur ces animaux : comment supportent-ils un corps pouvant peser plus de sept tonnes ? La réponse réside dans leur sixième orteil, une caractéristique que nous avons ignorée pendant tout ce temps.
Du cartilage aux os. Le « sixième orteil » des éléphants n’est pas un vrai doigt. En effet, au début de sa « vie », il ne s’agit même pas d’un os, mais d’une structure cartilagineuse : elle se développe à l’intérieur des « coussinets » que l’on trouve sur la plante du pied du pachyderme, et qui servent à absorber l’impact de la marche et à redistribuer le poids sur toute la surface.
Au fil du temps, la structure cartilagineuse s’ossifie, au moins en partie, et se transforme donc en un orteil supplémentaire, qui confère aux éléphants leur posture particulière : ils marchent « sur la pointe des pieds », et on a presque l’impression qu’ils portent des chaussures à talons hauts – alors que le talon, cependant, est en fait le sixième orteil.
Une évolution longue de 40 millions d’années. Cette caractéristique anatomique a permis aux éléphants d’atteindre leur taille actuelle, puisque le sixième orteil sert de pilier pour soutenir l’énorme masse de leur corps. Il s’agit d’une adaptation évolutive qui a commencé il y a environ 40 millions d’années : les ancêtres des éléphants modernes avaient les pieds plats.
L’orteil supplémentaire est apparu lorsque l’espèce a commencé à grandir grâce à un climat favorable et à l’abondance des ressources. Une fois dépassé les deux tonnes de poids et les deux mètres de hauteur, le développement de cette structure est devenu la réponse nécessaire pour soutenir le nouveau gigantisme.
Une antenne pour communiquer. En plus de supporter le poids, le sixième orteil minimise les dommages qu’une pression constante pourrait causer aux pattes. Cette protection est vitale pour la survie de l’espèce, puisque les pattes des éléphants ne servent pas seulement à se déplacer, mais constituent de véritables outils de communication.
Être capable de ressentir les vibrations et les signaux à travers le sol est fondamental pour leur vie sociale complexe ; garder les extrémités saines signifie en fait préserver leur capacité à interagir avec la meute.
