Pourquoi les rennes femelles ont-elles aussi des bois (et à quoi servent-ils réellement) ?

Pourquoi les rennes femelles ont-elles aussi des bois (et à quoi servent-ils réellement) ?

Par Dr. Kyle Muller

Les rennes ont une caractéristique qui les rend uniques : c’est la seule espèce parmi les cervidés chez laquelle les mâles et les femelles ont des bois, c’est-à-dire ces structures caduques qui poussent sur leur tête et qui sont souvent appelées à tort « cornes ».

Considérés jusqu’ici comme un outil de défense (théorie peu solide, comme nous le verrons), les bois des rennes femelles ont en réalité une autre vocation, révélée pour la première fois par une étude publiée dans Écologie et évolution.

Enregistrez la migration. Les bois (de renne et autres) sont des structures non permanentes qui poussent au printemps et à l’automne, entre l’automne et l’hiver, après la saison des amours. Dans le cas des rennes, cela se produit dans ce qu’on appelle les « terrains de mise bas » : des zones où les femelles donnent naissance à leurs petits et perdent en même temps leurs bois.

Les chercheurs de l’Université de Cincinnati qui ont mené l’étude ont tenté de comprendre pourquoi, et ils l’ont fait en étudiant un troupeau de rennes connu sous le nom de Porcupine Caribou Herd (« caribou » est le terme utilisé en Amérique du Nord pour désigner les rennes) : il s’agit d’une population qui vit dans l’Arctic National Wildlife Refuge de l’Alaska, célèbre parce qu’elle effectue chaque année une migration qui parcourt près de 2 500 km entre deux voyages.

Qui mange des bois ? L’inspiration de l’étude est venue du fait que les bois laissés par les rennes femelles sont presque toujours grignotés : la première hypothèse était que ce sont les prédateurs qui ont laissé ces marques. Pour le vérifier, le professeur Joshua Miller a mené une série d’expéditions entre 2010 et 2018, au cours desquelles il a collecté 1 567 bois de renne femelles abandonnés après l’accouchement. Parmi eux, 86 % portaient des traces de dents.

Identikit d’une morsure. Il n’est pas difficile d’identifier qui a laissé une morsure sur un bois de cerf : les dents des carnivores (par exemple les ours et les loups) laissent des marques très différentes de celles laissées par les rongeurs comme les lemmings, mais aussi par les rennes eux-mêmes. Et en effet, l’analyse a montré que 99 % des 1 347 bois grignotés avaient été « attaqués » par des rennes, en particulier des rennes femelles. Le reste des signes était plutôt imputable à divers rongeurs : les scientifiques n’ont pas trouvé de bois grignotés par les grands carnivores.

Suppléments. Quant au pourquoi, l’explication est liée aux nutriments : les bois abandonnés contiennent divers minéraux comme le calcium et le phosphore, qui soutiennent les rennes lors de leur migration. Et le fait que le sol arctique préserve si bien les bois tombés signifie qu’ils peuvent être consommés même des années plus tard : les lieux de mise bas sont en effet jonchés de suppléments prêts à l’emploi, que les rennes femelles exploitent consciemment.

Pas d’arme de défense donc : les bois des rennes femelles sont trop petits pour être efficaces, et le fait qu’elles les perdent juste après la mise bas, alors qu’ils pourraient servir à protéger les petits, confirme qu’ils n’ont aucune utilité défensive.

Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
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