Qu'est-ce que le renforcement positif et comment l'utiliser dans l'éducation des enfants

Qu’est-ce que le renforcement positif et comment l’utiliser dans l’éducation des enfants

Par Dr. Kyle Muller

Cette technique pédagogique utilise le système de récompense pour encourager les comportements souhaités chez les enfants. Mais est-ce vraiment bénéfique ? Si d’un côté cela motive les petits, de l’autre, une consommation excessive risque de les rendre dépendants des récompenses.

«Si tu manges tous les légumes, je t’achèterai de la glace», «Si tu te brosses les dents, tu auras une belle étoile d’or»…

De nombreux adultes, presque par réflexe automatique, ont tendance à recourir à des éloges, à des systèmes de récompense ou à des autocollants pour inciter les enfants à « bien se comporter », pour les motiver à faire mieux ou à répéter un comportement jugé juste ou nécessaire. Il s’agit donc de stratégies de modification des comportements basées sur le recours à des « renforcements positifs ».

Mais en quoi consiste exactement le renforcement positif et en quoi est-il différent du renforcement négatif ? Combien existe-t-il de types de renforçateurs et, surtout, est-il correct de les utiliser avec nos enfants ?

Dans cet article, nous tenterons de répondre à ces questions et de comprendre l’effet que l’utilisation continue de renforçateurs peut avoir sur l’éducation des enfants.

Qu’est-ce que le renforcement positif ?

Le concept de renforcement a été théorisé par le psychologue comportemental américain Burrhus Skinner, qui l’a défini comme un stimulus utile pour augmenter la possibilité qu’un certain comportement soit réalisé et répété. Skinner a également fait une distinction fondamentale entre deux types de renforcement : positif et négatif.

Qu’est-ce que le renforcement positif ? Il s’agit de proposer à l’enfant un stimulus ou une conséquence agréable en réponse à son comportement, dans le but de l’augmenter en fréquence.

Nous pouvons mieux comprendre le concept de renforcement positif en analysant la technique dite de « l’économie des jetons » (également connue sous le nom de « système de renforcement des jetons »). Cette technique consiste à récompenser les enfants par un autocollant ou une étoile à placer sur un tableau à chaque fois qu’ils adoptent le comportement souhaité par l’adulte. Lorsqu’ils atteignent un certain score, les enfants reçoivent une récompense, telle qu’une reconnaissance ou un prix.

Le but de cette technique pédagogique est donc de motiver les enfants à remporter les autocollants en mettant en œuvre des comportements jugés corrects, tout en évitant les comportements jugés problématiques.

Le renforcement négatif, quant à lui, a toujours pour objectif d’augmenter le comportement souhaité, mais à travers l’élimination des comportements jugés désagréables.

Lorsque l’on parle de renforcement positif et de différences avec le renforcement négatif, il faut donc dire que ce dernier concerne essentiellement la manière dont se crée l’association entre le comportement et les conséquences qui y sont liées :

  • Renforcement positif : ajouter quelque chose de positif pour l’enfant (par exemple, une reconnaissance ou une récompense).
  • Renforcement négatif : il y a la soustraction de quelque chose de négatif (par exemple, supprimer une limitation si l’enfant fait ses devoirs).

Cependant, pour avoir un effet, le renforcement positif et négatif doit posséder une série de caractéristiques. Les renforts doivent en effet être :

  • Personnels et significatifs, afin qu’ils soient suffisamment forts pour inciter l’enfant à changer de comportement.
  • Immédiate, c’est-à-dire arriver immédiatement après le comportement de l’enfant pour que la création de l’association soit possible.
  • Non accessibles à l’enfant, c’est-à-dire qu’ils doivent être ou représenter quelque chose que l’enfant n’est pas en mesure d’obtenir de manière autonome ; ce n’est que dans ce cas, en effet, que le renforcement représentera une incitation suffisante pour mener à bien une certaine conduite.

Que sont les renforcements positifs et comment s’intègrent-ils dans l’éducation ?

Il est important de faire une distinction entre les différents types de renforcements positifs.

La première catégorie concerne les renforçateurs dits primaires, qui satisfont les besoins fondamentaux des enfants. Un exemple de renforcement positif primaire est la nourriture, d’autres sont la chaleur et le contact physique.

Il existe ensuite des renforcements positifs de type socio-affectif, tels que des éloges, des éloges et des compliments, qui exploitent les profonds besoins d’approbation et d’attention des adultes.

Enfin, des renforts tangibles, c’est-à-dire des objets concrets (un jouet, de l’argent, un prix, etc.).

Selon les partisans de cette approche, tous ces types de renforcement peuvent être utilisés systématiquement pour créer des associations entre comportements et réponses et ainsi induire les changements de comportement souhaités chez les enfants.

Bien qu’en termes d’éducation, le renforcement positif soit présenté par beaucoup comme une meilleure alternative à la méthode de punition, l’utilisation de cette stratégie présente de nombreux problèmes et risques critiques. Voyons-les ensemble.

Quels sont les réels avantages du renforcement positif ?

L’utilisation de mécanismes de renforcement positif dans l’éducation des enfants apporte-t-elle réellement des avantages ? A court terme, apparemment oui.

Parmi les avantages indiqués par les partisans du renforcement positif, il y a le fait qu’il s’agit d’une technique simple et rapide à mettre en œuvre, particulièrement utile dans les moments critiques (comme lors d’une « crise de colère »), pour résoudre des comportements problématiques.

Grâce à l’offre des incitations ou des récompenses souhaitées (une friandise, une glace, un jouet), le comportement des enfants semble en effet s’améliorer rapidement et les comportements souhaités deviennent plus fréquents. Mais le recours au renforcement positif de manière systématique est-il vraiment utile ? Et quels sont les effets de cette pratique dans le temps ?

Un premier problème réside dans la nécessité de modifier ou d’augmenter constamment la quantité de renforcement.

Exactement comme dans le cas des punitions, en effet, un mécanisme d’habituation entre en jeu : l’enfant « s’habitue » à un niveau de renforcement donné, cela signifie que l’adulte devra donc maintenir son intérêt vivant en élevant de temps en temps la barre de récompense.

Un deuxième problème réside dans le fait que l’association entre comportement et récompense devient si forte que lorsque la récompense ou la reconnaissance manque, le comportement souhaité disparaît également. Imaginez, par exemple, un enfant qui se brosse les dents tous les soirs, mais qui le fait uniquement parce qu’il sait qu’il recevra éventuellement un autocollant en guise de reconnaissance. Tant que le système de récompense est actif, le petit est motivé et réalise l’action avec enthousiasme. Cependant, si un jour l’autocollant cesse d’être proposé, l’enfant peut refuser de se brosser les dents, manifestant un désintérêt, voire exprimant sa frustration. En effet, il n’a pas intériorisé l’importance du geste, mais l’a simplement exécuté pour obtenir un avantage extérieur.

L’utilisation continue de renforcements positifs alimente en effet ce qu’on appelle la « motivation extrinsèque » : l’enfant ne réalise pas le comportement souhaité par l’adulte parce qu’il est conscient de son adéquation ou de sa nécessité, mais seulement et exclusivement parce qu’il est motivé par la possibilité d’obtenir une reconnaissance externe. Dès que la récompense disparaît, l’effet bénéfique qu’elle avait généré jusqu’à ce moment disparaît également.

Il en va tout autrement lorsque l’enfant réalise une activité ou adopte un comportement parce qu’il le trouve motivant en soi, parce que cela lui donne satisfaction ou parce qu’il en comprend la justesse ou la nécessité.

Revenant au cas du brossage des dents, si le parent aide l’enfant à comprendre l’importance de l’hygiène bucco-dentaire, par exemple en l’impliquant de manière ludique dans le processus et en lui faisant comprendre à quel point cette habitude est bonne pour sa santé, il est plus probable que l’enfant développera une motivation interne, expérimentant la satisfaction de prendre soin de lui-même, sans avoir besoin d’une récompense externe. Dans ce cas, on peut parler de « motivation intrinsèque », c’est-à-dire venant de l’intérieur, ce qui est décidément plus important dans une perspective de croissance personnelle à long terme.

Prenons par exemple le système de notes appliqué dans les écoles, qui incite malheureusement de nombreux élèves à « étudier pour la note » : ce qui compte est plus la reconnaissance extrinsèque (la note) que la satisfaction ou l’épanouissement découlant des apprentissages acquis.

Pour conclure, il faut s’interroger sur les effets des systèmes de renforcement sur l’estime de soi, le plaisir de faire et le sentiment d’efficacité personnelle des enfants. Quelle anxiété doit ressentir un enfant qui, malgré ses efforts, ne parvient pas à décrocher l’étoile tant désirée au tableau ? Et quelle frustration ou quel embarras l’enfant doit-il éprouver lorsqu’il perd des points, peut-être devant ses camarades de classe ?

Utiliser trop fréquemment des systèmes de récompense basés sur le renforcement positif risque d’élever des enfants incapables de tirer satisfaction ou plaisir des actions effectuées ou des résultats obtenus à moins qu’ils ne reçoivent une forme de récompense ou d’approbation externe. L’éloge, l’autocollant, l’étoile d’or risquent ainsi de se transformer en armes à double tranchant, affaiblissant dangereusement le plaisir et la motivation intrinsèque des enfants, sapant leur confiance en eux et les rendant dépendants de l’approbation des adultes.

Mais alors, quand et comment distribuer des renforcements positifs ?

Comme nous l’avons vu, bien qu’apparemment simple et efficace, l’utilisation continue et systématique du renforcement positif ne peut pas être considérée comme la meilleure voie pour guider consciemment les enfants et générer en eux de profonds changements.

À un système basé sur le renforcement, nous devrions essayer de préférer, autant que possible, une approche éducative basée sur l’empathie, le dialogue et la présence.

Un exemple est donné par ce que le psychologue Thomas Gordon appelle les « messages positifs à la première personne », alternatives aux éloges classiques. Alors que ce dernier consiste généralement en une déclaration et une évaluation sur l’autre personne (« Tu étais une bonne fille ! »), le message à la première personne communique quelque chose de ce que le comportement de l’autre personne a fait en nous (« J’étais content que tu aies aidé à débarrasser la table ce matin »).

Dans les messages positifs à la première personne, il ne doit y avoir aucune ambiguïté ni aucune tentative cachée de manipuler l’enfant, mais plutôt l’intention de communiquer sincèrement et authentiquement avec lui.

Cela ne veut pas dire diaboliser absolument le recours aux formes de renforcement. Il n’y a rien de mal à féliciter de temps en temps avec un simple « Bravo ! » notre enfant ou en lui offrant quelque chose qui lui fait envie lorsqu’il atteint un objectif (par exemple, à l’occasion du très attendu bulletin de fin d’année !). Ce qui compte vraiment, c’est de prêter attention à la fréquence avec laquelle nous recourons aux mécanismes de renforcement (et donc d’éviter d’en abuser) et au message que nous pouvons transmettre à nos enfants. Notre objectif doit en effet être de les aider à apprécier ce qui rend l’adoption de certains comportements ou la réalisation de certaines activités intrinsèquement satisfaisantes.

Ce n’est pas toujours simple, ni rapide. Accompagner les garçons et les filles de manière consciente, attentive et bienveillante demande des efforts et un engagement, qui seront cependant pleinement récompensés à long terme.

Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
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