«Mon fils marche sur la pointe des pieds : est-ce normal ?»

«Mon fils marche sur la pointe des pieds : est-ce normal ?»

Par Dr. Kyle Muller

Parmi les modes de marche transitoires au cours des toutes premières années de la vie, il y a aussi la marche sur la pointe des pieds, qui, en l’absence d’autres signes cliniques, est tout à fait physiologique. Cependant, si elle persiste au-delà de 3 ans, la situation doit être surveillée et évaluée en collaboration avec le pédiatre.

C’est une erreur courante de penser qu’un enfant qui a récemment appris à marcher est déjà capable de le faire, tout comme nous, les adultes. L’acquisition de l’autonomie dans la marche est certes une étape cruciale dans la croissance motrice des enfants, mais la manière dont cela se produit, pendant les deux-trois premières années de la vie, voit l’alternance de différentes phases, dans la plupart des cas transitoires. Comme marcher sur la pointe des pieds (ce qu’on appelle marcher avec les orteils), une tendance assez fréquente, surtout dans la phase initiale de la marche autonome. Mais si les parents voient leur enfant marcher sur la pointe des pieds et que cette phase se prolonge dans le temps, doivent-ils s’inquiéter ? Essayons de le comprendre dans cet article.

Pourquoi mon enfant marche-t-il sur la pointe des pieds ?

«Pourquoi mon enfant marche-t-il sur la pointe des pieds ?». Prenons (ça vaut la peine de le dire) quelques pas en arrière…

Il faut imaginer le petit débutant en marche comme un athlète très jeune et immature dans la recherche continue et incessante d’améliorer ses performances en termes d’équilibre et de schéma moteur. C’est pourquoi, tout comme un athlète qui passe du temps à s’entraîner, il élargira ses jambes, et donc sa base d’appui, pour se sentir plus stable, ou peut-être alternera-t-il des pas très rapides avec des pas lents. Un autre enfant, en revanche, peut maintenir longtemps une démarche lente et chancelante, ou plutôt il trébuche souvent ou ramène ses orteils vers l’intérieur.

Parmi les manières transitoires de marcher dans les toutes premières années de la vie, on retrouve également l’action de marcher sur la pointe des pieds, probablement mise en œuvre par l’enfant dans le but d’avancer son centre de gravité et d’optimiser son énergie lors de ses premiers pas.

Chaque méthode qui vient d’être décrite, y compris celle de la marche sur la pointe des pieds, doit cependant être considérée comme physiologique dans les premiers stades de l’autonomie motrice puisqu’elle fait en effet partie de cet entraînement constant et progressif qui amènera lentement le petit à améliorer son équilibre, sa sécurité de marche et sa posture.

Marcher sur la pointe des pieds, notamment, est une méthode qui touche un grand nombre d’enfants, même plus âgés (5%), à tel point qu’ils méritent le surnom marcheurs d’orteilsou ceux qui marchent principalement ou de manière persistante sur l’avant-pied avec les deux membres inférieurs.

Ainsi, la marche sur la pointe des pieds, si elle est présente chez l’enfant de moins de 3 ans et en l’absence d’autres éléments cliniques, ne devrait pas inquiéter les parents.

Que faire si un enfant marche sur la pointe des pieds

Voyons maintenant quelques conseils pour marcher sur la pointe des pieds. Il est tout d’abord important d’observer l’enfant durant toutes les phases de sa journée. Dans la plupart des cas, l’action de marcher sur la pointe des pieds n’est, comme mentionné, qu’une habitude transitoire et le petit montrera toujours qu’il est capable de marcher en soutenant tout son pied, si on le lui demande expressément.

Aucun « remède » particulier n’est à mettre en œuvre si l’enfant marche sur la pointe des pieds. Dans ces cas, il suffira de l’inviter fréquemment à poser tout son pied sur le sol, créant peut-être différents jeux de stimulation sensorielle plantaire. Par exemple : incitez-le à marcher sur des tapis de différentes textures, sur de l’herbe, sur du sable, sur des matelas, sur des coussins, etc. Mais plus généralement il suffira de laisser le « petit athlète » continuer à expérimenter librement sa marche et même ses éventuelles chutes, qui représentent un élément fondamental de son développement moteur global.

La tendance à marcher sur la pointe des pieds semble être plus fréquente chez les enfants ayant utilisé une marchette. Ceci est probablement lié au fait que l’utilisation de cet outil ne permet pas une acquisition correcte du contrôle de son corps en position verticale et conduit plutôt à recourir à des poussées sur la pointe des pieds pour obtenir un mouvement autonome (nous en parlons plus en profondeur dans cet article). C’est certainement une des raisons pour lesquelles son utilisation est à éviter.

Quand s’inquiéter si votre enfant marche sur la pointe des pieds

Faut-il s’inquiéter si l’enfant marche longtemps sur la pointe des pieds ? S’il est vrai que dans les toutes premières années de la vie, cette tendance est considérée comme transitoire et non alarmante, il est cependant important de souligner qu’il existe des conditions dans lesquelles il faut y prêter attention (votre pédiatre évaluera la situation et vous orientera éventuellement vers une visite spécialisée).

En cas de détresse fœtale ou périnatale par exemple, ou s’il existe des antécédents familiaux évidents de maladies neurologiques de faiblesse musculaire ou en cas de suspicion de maladies de la moelle épinière (spina bifida), un examen neurologique ou neurochirurgical sera indiqué.

En cas de coexistence de troubles de la communication, de déficits d’apprentissage, de troubles sévères du langage, la possibilité de réaliser un examen neuropsychiatrique sera prise en considération pour évaluer d’éventuels signes précoces de maladies psycho-comportementales, dont la démarche de l’avant-pied peut être un des éléments révélateurs. Environ 60 % des sujets touchés par l’autisme, par exemple, marchent sur l’avant-pied, même si la littérature internationale ne s’accorde pas encore pour identifier la raison de ce lien. Une interprétation probable est que le sujet autiste, marchant sur la pointe des pieds, réduit au maximum les entrées sensorielles venant du sol, qu’il perçoit comme désagréables.

Même en l’absence de l’une des causes mentionnées ci-dessus ou d’autres signes cliniques, il existe des enfants qui continuent à marcher préférentiellement sur la pointe des pieds au-delà de 3 ans. Ils sont assez nombreux, ils représentent près de 5% et sont définis comme des marcheurs idiopathiques (ou habituels). Dans ces cas, il peut être opportun de réaliser un examen orthopédique pédiatrique qui évaluera la morphologie correcte du pied et de la cheville et l’amplitude de mouvement articulaire (la dorsiflexion physiologique de la cheville est d’environ 15-20°), et permettra d’identifier une éventuelle rétraction du tendon d’Achille ou la présence de mécanismes de compensation posturale (hyperlordose réactive).

En cas de diagnostic clair de raccourcissement du tendon d’Achille, qui implique donc un obstacle mécanique à la réalisation du mouvement physiologique de flexion dorsale (c’est-à-dire qui ne permet pas au pied de reposer le talon sur le sol), le traitement peut inclure une physiothérapie visant à étirer les muscles postérieurs des jambes ou nécessite parfois l’utilisation d’orthèses/plages ou, encore, des injections de toxine botulique dans le muscle.

Toutefois, dans les cas plus graves, une intervention chirurgicale est nécessaire. Il existe différentes techniques pour allonger le tendon d’Achille, elles sont généralement réalisées par voie percutanée, donc sans qu’il soit nécessaire de recourir à de véritables incisions chirurgicales, et s’accompagnent toujours de l’utilisation d’un plâtre qui permet au tendon de cicatriser correctement.

Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
Published in

Laisser un commentaire

4 × 3 =