La transhumance est une pratique d’élevage qui consiste en un déplacement saisonnier du bétail entre différentes zones de pâturage, généralement pour optimiser l’utilisation des ressources naturelles disponibles à différentes périodes de l’année. Il s’agit d’un système traditionnel présent dans diverses régions du monde et qui a de profondes implications écologiques, économiques, culturelles et sociales. C’est pourquoi nous allons vous expliquer en détail dans cet article d’Evidence Network ce qu’est la transhumance et ses avantages.
Qu’est-ce que la transhumance et sa relation avec l’écologie
La transhumance est une pratique de pâturage traditionnelle qui consiste en un déplacement saisonnier du bétail entre différentes zones de pâturage. Ce mouvement cherche à tirer parti des ressources naturelles de manière durable, en utilisant les prairies des zones hautes ou montagneuses en été et les zones basses ou plus chaudes en hiver. La transhumance est pratiquée depuis des siècles dans différentes parties du monde, s’adaptant aux conditions climatiques et géographiques de chaque région.
D’un point de vue écologique, la transhumance joue un rôle important dans la conservation des écosystèmes. En répartissant le bétail de manière équilibrée dans les différentes zones, on évite le surpâturage, qui peut dégrader les sols et affecter la biodiversité. De plus, le mouvement constant du bétail contribue à disperser les graines, ce qui favorise la régénération et la diversité végétale. Ce processus contribue également à maintenir les paysages ouverts, évitant ainsi la prolifération de buissons qui pourraient augmenter le risque d’incendies de forêt.
Types de transhumance
La transhumance est classée en différents types selon les régions, les conditions climatiques et les itinéraires empruntés :
- Transhumance verticale : c’est le type le plus courant et se caractérise par le déplacement du bétail entre des zones de différentes altitudes. Pendant l’été, les éleveurs conduisent le bétail vers les zones montagneuses, où les températures sont plus fraîches et les pâturages abondants. En hiver, ils descendent vers des vallées ou des plaines plus chaudes, où le climat est plus doux et où la nourriture est encore disponible. Ce type est courant dans les régions montagneuses comme les Alpes en Europe, les Andes en Amérique du Sud ou l’Himalaya en Asie.
- Transhumance horizontale : le déplacement du bétail s’effectue entre des régions situées au même niveau d’altitude, mais présentant des conditions climatiques ou écologiques différentes. Par exemple, il peut y avoir des mouvements vers des zones plus humides pendant la saison sèche et vers des zones arides ou semi-arides pendant la saison des pluies. La transhumance horizontale est typique des régions où prédominent les plaines ou les vastes étendues, comme en Afrique du Nord ou dans certaines parties de l’Asie centrale.
- Transhumance côtière : ce type de transhumance a lieu dans les zones côtières, où le bétail se déplace entre les zones proches de la mer et les zones intérieures. Généralement, les zones côtières sont exploitées en hiver en raison du climat plus tempéré, tandis que les zones intérieures sont exploitées en été. On le trouve dans des régions comme la Méditerranée, où les conditions climatiques varient considérablement entre la côte et l’intérieur.
- Transhumance transfrontalière : dans certains cas, les itinéraires de transhumance traversent les frontières internationales. Ce type de transhumance est courant dans les régions où les conditions écologiques ne se limitent pas à un seul pays, comme les éleveurs nomades du Sahel africain ou ceux qui se déplacent entre l’Espagne et le Portugal en Europe.
Avantages de la transhumance
La transhumance offre une série de bénéfices qui couvrent les aspects écologiques, économiques, culturels et sociaux :
Avantages écologiques
- Conservation de la biodiversité : en déplaçant le bétail entre différentes zones, le surpâturage est évité et la régénération des pâturages et des écosystèmes est favorisée.
- Prévention des incendies de forêt : le pâturage transhumant contribue au contrôle de la végétation, en réduisant l’accumulation de matière sèche qui pourrait devenir un combustible pour les incendies.
- Amélioration du sol : Le déplacement du bétail et de ses excréments enrichit le sol en nutriments, favorisant sa fertilité et aidant à prévenir l’érosion.
- Réduction des émissions : en s’appuyant sur une utilisation durable des ressources naturelles, la transhumance émet moins de gaz à effet de serre par rapport à l’élevage intensif.
Avantages économiques
- Utilisation efficace des ressources : les pasteurs peuvent utiliser des zones de pâturage qui autrement resteraient dormantes pendant certaines saisons.
- Production alimentaire durable : la viande, le lait et les autres produits issus de l’élevage transhumant sont généralement de haute qualité et produits de manière durable, ce qui leur confère une valeur ajoutée sur le marché.
- Réduction des coûts : En s’appuyant moins sur les aliments transformés et le fourrage acheté, les éleveurs réduisent considérablement leurs coûts d’exploitation.
Bénéfices culturels
- Préservation des traditions : la transhumance fait partie du patrimoine culturel de nombreuses régions.
- Lien identitaire et communautaire : la pratique de la transhumance renforce le sentiment d’appartenance et la transmission des savoirs entre les générations.
Avantages sociaux
- Création d’emplois ruraux : la transhumance favorise l’activité économique dans les zones rurales, contribuant ainsi à prévenir le dépeuplement de ces zones.
- Éducation à l’environnement : la transhumance favorise une plus grande prise de conscience du respect de l’environnement naturel et des bénéfices d’une gestion durable des ressources.
Itinéraires de transhumance en Espagne
L’Espagne possède une riche tradition nomade qui remonte au Moyen Âge, lorsque l’élevage ovin était l’une des principales activités économiques du pays. Cette pratique a donné naissance à un réseau historique de sentiers appelés véritables canyons, qui s’étendent sur tout le territoire.
Les vallées royales sont les principales routes par lesquelles les bergers déplacent le bétail entre les zones de pâturage d’été et d’hiver. Ces itinéraires ont une largeur légale de 75 varas castillans (environ 21 mètres) et sont protégés par la législation pour garantir leur utilisation traditionnelle. Parmi les plus notables figurent :
- Cañada Real de la Plata (ou Vizana) : s’étend sur plus de 500 kilomètres des Asturies, au nord, jusqu’à l’Andalousie, au sud. C’est l’une des plus anciennes routes de transhumance et relie le plateau du nord aux pâturages chauds du sud.
- Cañada Real Soriana Oriental : relie la province de Soria à la Communauté valencienne, en traversant Castilla y León, Aragon et l’est de la péninsule.
- Cañada Real Leonesa Occidental et Leonesa Oriental : ces itinéraires relient les montagnes de León aux pâturages d’Estrémadure, en traversant Castille et León et Estrémadure.
- Cañada Real Segoviana : relie Ségovie aux terres d’Estrémadure, en passant par Ávila et Salamanque.
Transhumance dans d’autres régions du monde
La transhumance n’est pas exclusive à l’Espagne, mais c’est plutôt une pratique qui s’est développée dans différentes régions du monde, en s’adaptant aux conditions géographiques, climatiques et culturelles de chaque lieu. Voyons quelques endroits dans le monde où la transhumance est pratiquée :
- Alpes (Suisse, France, Italie, Autriche) : Dans les Alpes, la transhumance s’effectue principalement entre les vallées et les montagnes. Cette pratique est étroitement liée à la production de fromages comme le Gruyère ou le Parmesan.
- Balkans (Grèce, Albanie, Macédoine du Nord) : les bergers se déplacent entre zones montagneuses et plaines côtières.
- Ecosse (Highlands) : Les bergers déplacent les moutons et les bovins entre les hautes terres et les basses terres en fonction des saisons.
- Himalaya (Inde, Népal, Bhoutan, Pakistan) : Les communautés pastorales, comme les Gujjars et les Bakarwals, pratiquent la transhumance dans l’Himalaya.
- Asie centrale (Mongolie, Kazakhstan, Kirghizistan) : dans ces régions, la transhumance fait partie du mode de vie nomade
- Tibet : Les éleveurs tibétains effectuent des transhumances adaptées aux hautes altitudes, déplaçant yaks et chèvres pour profiter des prairies des plateaux tibétains.
- Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad) : Dans cette région semi-aride, les éleveurs transhumants déplacent leur bétail entre les zones arides et les zones plus humides pendant la saison des pluies.
- Afrique de l’Est (Kenya, Éthiopie, Tanzanie) : des communautés telles que les Massaï pratiquent la transhumance pour garantir l’accès à l’eau et aux pâturages pour leur bétail dans les savanes et les hauts plateaux.
- Andes (Pérou, Bolivie, Chili, Argentine) : dans les Andes, la transhumance est associée à l’élevage de lamas, d’alpagas et de moutons.
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- Plateforme pour l’élevage extensif et le pastoralisme. 2015. Transhumance, patrimoine culturel immatériel. Disponible sur : https://www.ganaderiaextensiva.org/la-trashumancia-patrimonio-cultural-inmaterial/
- Musée virtuel de l’écologie humaine. 2024. La transhumance comme patrimoine culturel de l’humanité. Disponible sur : https://museoecologiahumana.org/piezas/la-trashumancia-como-patrimonio-cultural-de-la-humanidad/
- Terranostrum. Chemins de transhumance. Disponible sur : https://www.terranostrum.es/senderismo/los-caminos-de-la-trashumancia
- José Tudela de l’Ordre. La transhumance : son origine, son évolution, ses types. Disponible sur : http://soria-goig.com/Etnologia/trashumancia1.htm



