Fake news sur les traitements anticancéreux : voici pourquoi signaler les canulars fonctionne

Fake news sur les traitements anticancéreux : voici pourquoi signaler les canulars fonctionne

Par Dr. Kyle Muller

Si un post véhiculant une fausse nouvelle sur les traitements contre le cancer est signalé comme potentiellement faux par la communauté, l’envie de le partager disparaît.

Pouvons-nous exploiter la contagion sociale qui se propage sur les réseaux sociaux pour mettre un terme aux fausses informations sur la santé ? Oui, et avec profit : un système de « labels » indiquant combien de personnes considéraient une nouvelle comme fausse et potentiellement dangereuse encourageait les utilisateurs à intervenir (par exemple, en signalant ce message à la plateforme) et décourageait le partage passif de canulars.

Combiné aux politiques déjà mises en œuvre sur différents réseaux sociaux contre la diffusion de fausses nouvelles, cet éventuel système de vérification pourrait encore endiguer les canulars sur les traitements anticancéreux.

Je suis d’accord, ça peut ĂŞtre utile…

La dĂ©sinformation en oncologie peut constituer un risque pour la vie des personnes diagnostiquĂ©es avec un cancer et une source de faux espoirs pour les patients et leurs familles. Ce type de fausses nouvelles se propage grâce Ă  un paradoxe : ceux qui les partagent le font, très souvent, motivĂ©s par le dĂ©sir d’aider les personnes qui luttent contre le cancer avec des informations qu’ils jugent importantes.

Cette observation a inspirĂ© la nouvelle Ă©tude de l’UniversitĂ© de Caroline du Nord, publiĂ©e le PLOS Un: diffĂ©rentes stratĂ©gies sont nĂ©cessaires pour pousser les gens Ă  intervenir pour endiguer les publications nuisibles, plutĂ´t que de partager passivement un Ă©ventuel canular.

Fake news en ligne : les 5 étapes avant d’agir

Les auteurs de l’étude se sont appuyés sur des paradigmes de psychologie sociale pour expliquer ce qui nous sépare de la simple lecture d’un post contenant de fausses nouvelles sur les traitements contre le cancer à la décision de les signaler, avec les outils déjà mis à disposition par les plateformes sociales.

Il faut : remarquez la désinformation (Faites attention); percevoir la gravité de ces fausses nouvelles pour les personnes vulnérables (empathie); croire que ses actions peuvent être pertinentes (responsabilité); sachez ce que vous devez faire pour intervenir; intervenir.

Fournir des informations sur le nombre de personnes qui ont jugĂ© la nouvelle fausse avant nous, ou sur le seuil maximum de « étiquettes nĂ©gatives » Ă  ajouter Ă  une publication avant que les gestionnaires n’interviennent pour la supprimer, vous permet d’avoir une idĂ©e de l’efficacitĂ© de votre contribution pour rendre les « lieux » des mĂ©dias sociaux plus fiables.

L’expĂ©rience : des labels contre les canulars

Des scientifiques amĂ©ricains ont recrutĂ© 1 051 participants adultes via une plateforme de recherche en ligne. On a dit aux volontaires qu’ils examinaient les publications de la version bĂŞta d’une nouvelle plateforme sociale inexistante (appelĂ©e Inviter); après avoir Ă©tudiĂ©, avec quelques questions, Ă  quel point les cas de cancer Ă©taient « proches » dans la famille (ou si les patients eux-mĂŞmes avaient dĂ©jĂ  reçu un diagnostic de cancer), les auteurs de l’Ă©tude ont assignĂ© au hasard les volontaires soit Ă  voir de faux messages qui avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©tiquetĂ©s comme possibles fausses nouvelles, soit Ă  voir les mĂŞmes messages, non signalĂ©s.

Ce message est apparu Ă  un groupe de participants au dĂ©but de l’expĂ©rimentation : « Nous testons une nouvelle politique visant Ă  rĂ©duire les informations fausses ou potentiellement dangereuses en travaillant avec des utilisateurs comme vous. Si 10 (ou, dans d’autres cas, 50) personnes marquent une publication, nous la supprimerons du fil d’actualitĂ© jusqu’à ce que nous ayons vĂ©rifiĂ© les informations. Aidez-nous Ă  faire d’Invibe une bonne expĂ©rience pour tous« . Dans le deuxième groupe, des messages contenant de fausses nouvelles sont simplement apparus, sans aucun avertissement. Dans les deux cas, ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es la volontĂ© d’intervenir pour bloquer un message ; le dĂ©sir de le partager ; les rĂ©actions que ces messages avaient suscitĂ©es.

L’un des messages astucieusement rĂ©digĂ©s dĂ©clarait que « le corossol (plante tropicale) est un remède naturel contre le cancer, plus efficace que la chimio, ce que les grandes sociĂ©tĂ©s pharmaceutiques connaissent mais nous tiennent dans l’ignorance, et les mĂ©decins font de mĂŞme en prescrivant des poisons« . Un autre a racontĂ© le canular d’une femme qui avait guĂ©ri d’un cancer du sein mĂ©tastatique en mangeant des lĂ©gumes comme de l’ail et du poireau, après que la radiothĂ©rapie s’Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ©e inefficace.

Les deux fausses nouvelles ont été préparées à partir de messages réels partagés sur Instagram et en suivant certains « critères » généralement récurrents dans la désinformation en ligne : la référence aux remèdes naturels, la narration de cas personnels, la méfiance envers les institutions et les sociétés pharmaceutiques.

Les résultats : l’unité fait la force (et élimine l’envie de partager)

Les Ă©tiquettes sur les fausses nouvelles encourageaient les participants Ă  signaler les messages canulars sur le cancer, dĂ©courageaient le partage et l’apprĂ©ciation, et fournissaient une plus grande motivation pour contrer la dĂ©sinformation, en particulier par crainte qu’une histoire puisse ĂŞtre fausse ou potentiellement dangereuse.

Les scientifiques ont réussi à canaliser l’élan altruiste qui finit par être détourné vers ceux qui partagent des canulars. en quelque chose de constructifune barrière collective à la désinformation. Selon les auteurs de l’étude, la forme de nudge (persuasion douce) testée dans l’étude pourrait constituer une approche prometteuse pour contrer la désinformation en oncologie.

Comment les fausses nouvelles sont signalĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux (dĂ©jĂ  aujourd’hui).

Il existe dĂ©jĂ  des moyens de signaler les publications qui « sentent » les fausses nouvelles sur diffĂ©rents rĂ©seaux sociaux. Sur Instagram il suffit de cliquer sur les trois points en haut Ă  droite, puis sur Rapport/Rapportpuis vers le haut Fausses informations/Fausses informationsavant d’envoyer le rapport. L’intervention est anonyme et Instagram collabore avec des vĂ©rificateurs de faits indĂ©pendants pour vĂ©rifier les publications signalĂ©es.

Sur Facebook, vous cliquez sur PossibilitĂ©s Ă  cĂ´tĂ© du message que vous souhaitez marquer comme faux ; soupe Signaler l’articleDonc Arnaque, fraude ou fausse information; puis cliquez sur Partager de fausses informationsvous sĂ©lectionnez le taper de fausses informations, vous cliquez sur Fin.

WhatsApp dispose d’une fonction « loupe » Ă  cĂ´tĂ© des messages transmis plusieurs fois qui risquent de vĂ©hiculer des informations erronĂ©es. L’objectif permet de rechercher le contenu du message sur le Web pour un fact-checking rapide, afin de pouvoir vĂ©rifier sa vĂ©racitĂ©.

Kyle Muller
Ă€ propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
Published in

Laisser un commentaire

two × 5 =