Jouer dans le processus d’apprentissage

Jouer dans le processus d’apprentissage

Par Dr. Kyle Muller

Le jeu est un outil à travers lequel l’enfant exprime sa propre identité et développe ses propres connaissances, même les plus complexes.

Lorsque vient le temps de décider dans quelle école inscrire leurs enfants, les parents se posent à juste titre la question de savoir comment procéder. Une question à laquelle il n’est pas facile de répondre puisqu’il est assez rare de trouver des écoles dotées d’outils d’information vraiment efficaces.

Lorsqu’un parent me demande conseil sur les critères à adopter pour ce choix, je réponds sans aucun doute : « Essayez d’identifier l’école où les enfants vont volontiers chaque jour et où le jeu, entendu dans son sens le plus large et le plus profond, occupe une place importante dans la vie de l’école ». Conscient des différences évidentes, je considère cette indication valable qu’il s’agisse d’une école maternelle ou d’une école primaire (élémentaire) et, d’une certaine manière, également pour le collège. Pourtant, face à mes suggestions, de nombreux parents sont un peu surpris. Beaucoup d’entre eux ont plutôt l’idée d’une école, en particulier d’une école primaire, dans laquelle les enfants sont constamment occupés à étudier et à faire des exercices, activités qu’ils considèrent à juste titre comme fatigantes et doivent être réalisées assis à un bureau pendant de nombreuses heures.

Une école donc qui contraste fortement avec le jeu considéré par beaucoup, à tort, uniquement comme un passe-temps, comme une échappatoire à la fatigue du travail. Mais il est important de comprendre que cette réaction repose sur une idée adulte du jeu, très éloignée de la réalité des enfants.

L’importance du jeu

Le jeu est le principal outil à travers lequel l’enfant exprime sa propre identité et développe ses propres connaissances, même les plus complexes. De nombreux chercheurs ont démontré à quel point le jeu libre et socialisé joue un rôle important et fondamental dans le développement des compétences cognitives, créatives et relationnelles. Le jeu pour les enfants est une activité très sérieuse et peut être comparé à l’activité d’un adulte passionné par ce qu’il fait, une activité dans laquelle il a le sentiment de pouvoir exprimer sa personnalité. Autrement dit, l’enfant qui joue peut être comparé à l’adulte qui fait son métier avec passion et qui pour cette raison se rend avec plaisir sur le lieu de son activité professionnelle.

Partant de ce parallélisme, la meilleure école pour les enfants, non seulement l’école maternelle, mais aussi l’école primaire, est celle qui se révèle capable de passionner les enfants pour la vie scolaire. Pour y parvenir, ou du moins pour avoir l’espoir de réussir, il doit savoir utiliser et valoriser la dimension ludique, il doit savoir accueillir le développement de l’enfant dans tous ses aspects, moteur, perceptif, émotionnel, cognitif, communicatif, social, linguistique et moral. En d’autres termes, elle doit être une école véritablement accueillante, capable de mettre l’enfant dans sa globalité au centre de son attention.

Naturellement, tout cela devient une déclaration de principe vide de sens si elle n’est pas placée dans une réalité scolaire capable de maintenir vivante la relation étroite entre l’apprentissage des enfants et la vie de chaque jour, non seulement le futur que seuls les adultes voient, mais, surtout, le présent, perçu par les enfants. Il est donc nécessaire que dans les choix éducatifs, le lien entre l’apprentissage et la vie concrète, entre les motivations et les intérêts de l’enfant, « ici et maintenant », soit immédiatement clair. Un entrelacement qui est vraiment possible si l’enfant a la possibilité de vivre à l’école une vie sociale pleine de stimuli, d’expériences et d’opportunités pour se tester et assumer des responsabilités envers lui-même et envers les autres que seule une école comprise comme une communauté active et coopérative peut réellement offrir.

Historiquement, dans notre pays, une synthèse comme celle que j’ai tenté d’expliquer n’a été réalisée que dans les expériences les plus avancées et grâce au travail d’enseignants solitaires dans notre long pays, souvent laissés seuls par l’administration scolaire, mais qui ont su mettre en œuvre des expériences de grand progrès pour l’ensemble de notre école. Des enseignants et des expériences qui ont opéré selon une approche éducative active et coopérative, au sein de laquelle ils ont développé un « enseignement opérationnel » capable de créer une école qui place véritablement l’enfant au centre dans toutes ses dimensions.

Les six points fondamentaux de « l’enseignement opérationnel »

  • Individualisation : le point de départ est l’enfant concret, avec son monde intérieur, ses sentiments, ses connaissances, avec son équilibre bio-psychique, ses intérêts, sa singularité.
  • Socialisation : otout individu est par définition un être social ; l’éducation elle-même est un processus de socialisation dans lequel des valeurs sociales sont communiquées à l’individu dans le but de faire de lui un membre actif, conscient et responsable de la société. La salle de classe et l’école sont le gymnase où les enfants développent leurs compétences sociales.
  • Opérationnel : pour être pédagogique, un contexte social doit être structuré sur la base des valeurs que l’on souhaite transmettre. Une valeur ne peut être atteinte que si elle est mise en œuvre, exercée et rendue opérationnelle.
  • Motivation : l’enseignement d’une école accueillante doit être motivé par les besoins de l’enfant, satisfaire ses besoins et ses intérêts et créer en lui une forte motivation. L’enfant doit s’efforcer consciemment d’atteindre un objectif intentionnel et possible, réaliser une activité qui l’amène progressivement à acquérir des valeurs et des compétences (qu’elles soient pratiques-instrumentales, comportementales, culturelles, morales).
  • Concrétude : dans les activités proposées, il faut veiller à partir du concret, non pas d’un béton générique, mais d’un vrai concret, celui qui s’exprime et se réalise dans le concret de la vie de l’individu.
  • Organicité : la coordination des activités qui s’y déroulent est la condition fondamentale pour que l’école puisse agir comme une communauté accueillante. Elle concerne nécessairement toutes les activités et tous les aspects de la vie de classe : travail à accomplir, répartition des tâches, engagements et délais associés, qu’ils soient individuels, collectifs ou de l’ensemble de la communauté.
Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
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