Ces maux physiques apparemment inexplicables…

Ces maux physiques apparemment inexplicables…

Par Dr. Kyle Muller

Il est important de comprendre les causes profondes et les besoins cachés derrière certaines douleurs des enfants sans causes organiques, en évitant de les rabaisser et en cherchant une clé correcte d’observation et d’intervention.

Maux de tête, maux de ventre, douleurs diverses qui apparaissent soudainement : de nombreux parents auront dû au moins une fois faire face à des maux physiques chez leurs enfants qui n’ont pas de cause organique et semblent donc apparemment « inexplicables ». Souvent, ces troubles sont davantage liés aux émotions qu’à la maladie ; les enfants « parlent » en effet à travers leur corps, aussi bien lorsqu’ils éprouvent des émotions positives que lorsqu’elles sont douloureuses, en exprimant leurs humeurs et en exprimant des demandes d’aide, d’attention et de soutien.
Comment comprendre ce qu’exprime un « symptôme » particulier ? Comment aider un enfant en difficulté ?

Les jambes douloureuses de Mattia

Adèle, maman de Mattia, 3 ans, prend la parole dans le groupe. Elle raconte que son fils a du mal à se lever le matin, alors qu’avant il « sautait comme un grillon », plein d’énergie. Maintenant, il est toujours fatigué et répète que ses jambes lui font mal et tremblent. Adèle pensait d’abord que l’inconfort était dû à la récente grippe qui avait affaibli l’enfant mais, après un énième contrôle chez le pédiatre, elle fut convaincue que le problème de ses jambes était un caprice : « Il le fait juste pour me rendre folle ! ».
Le père de Mattia a récemment changé d’emploi et s’absente plus souvent de la maison, tandis que l’enfant a commencé à fréquenter l’école maternelle.

L’expérience des autres parents présents nous vient en aide : un père émet l’hypothèse que Mattia a pu être affecté par ces changements ; un autre parent raconte un incident similaire impliquant son enfant. Peut-être que la douleur à la jambe est un moyen de communiquer une peur de la séparation d’avec ses parents et une demande de réconfort ? Des stratégies sont proposées : papa construira avec Mattia un calendrier illustré spécial, où il pourra noter quand il va et quand il revient du travail. Adèle, au lieu de le gronder parce qu’il ne marche pas, va essayer de le récupérer pendant un moment sur le chemin entre la maison et l’école. «Les câlins de maman sont le meilleur remède à ce genre de douleur», déclare-t-elle avec assurance le lendemain matin en regardant Mattia dans les yeux.

Comme par magie, au bout de quelques semaines la douleur disparaît et Mattia retourne à son cricket habituel.

Comprendre les causes profondes

Les parents de Mattia ont réussi à s’adapter au langage corporel particulier de l’enfant, à comprendre le besoin caché derrière la douleur à la jambe et à trouver une clé correcte pour l’observation et l’intervention. Il est bon de se rappeler, surtout s’il s’agit d’un petit enfant, qu’un état de détresse émotionnelle, par exemple une « peur », est vécu sans avoir pleinement conscience de ce qui se passe, et souvent le petit est incapable de l’exprimer avec des mots. Nous pouvons également nous rendre compte de la complexité de la relation entre le psychisme et le corps en nous référant à notre expérience d’adulte : il nous arrive aussi de « ressentir » physiquement une période de stress émotionnel, même si nous sommes plus compétents qu’un enfant pour exprimer nos émotions à travers le langage verbal.

Comprendre les causes profondes de l’inconfort d’un enfant n’est pas toujours facile ; parfois, il semble que « rien ne fonctionne » et on craint que les symptômes ne deviennent chroniques et ne se transforment en un trouble plus grave. L’inconfort exprimé par des douleurs corporelles pourrait alors être lié à des événements « difficiles » qui ont affecté l’environnement familial de l’enfant, par exemple des deuils, des maladies, des séparations. Pour les parents, parler de certaines problématiques, partager et accepter émotionnellement la souffrance que même les plus petits vivent peut être compliqué, mais il est essentiel de ne pas laisser l’enfant seul précisément aux moments où il a le plus besoin d’être guidé pour l’aider à affronter des réalités complexes, donner des réponses aux questions, se sentir rassuré.

Que pouvons-nous faire

Observez les signes, prenez l’enfant au sérieux

Une fois la cause organique exclue, l’adulte est souvent tenté de minimiser ce qui se passe, pensant que l’enfant simule consciemment une certaine symptomatologie. Il est bon de savoir que ces troubles ne sont pas intentionnellement simulés ; le corps devient plutôt le porte-parole d’un mal-être émotionnel que l’enfant est incapable d’interpréter et de communiquer avec des mots.

Un autre cas est celui où les enfants « font semblant » avec conscience, par exemple en imitant un mal de ventre pour éviter une journée ennuyeuse à l’école (qui n’a jamais essayé ça !?). Dans des situations similaires, en tant que parents, nous pouvons aussi fermer les yeux et, de temps en temps, jouer le jeu…

Prenez soin de votre corps et de vos émotions

Il est important que les parents prennent soin non seulement des symptômes physiques, mais surtout de la détresse émotionnelle de l’enfant, en essayant, avec délicatesse et sans forcer, de l’aider à verbaliser ce qui se passe. Une bonne méthode est l’exemple personnel : partager vos émotions à travers le langage corporel aidera l’enfant à faire de même. En se référant à des épisodes vécus dans la vie quotidienne, par exemple, les parents pourraient dire : « Aujourd’hui, j’ai un gros mal de tête, peut-être parce que je pensais à quelque chose d’un peu triste », ou « J’ai senti mon cœur battre très vite, comme tu m’as fait peur ! ».

Rassurer l’enfant et faire de lui le protagoniste

Expliquer comment nos émotions « fonctionnent », nous dire que notre corps nous parle et jouer et l’écouter rassure l’enfant (souvent très effrayé par ce qui lui arrive) et fait de lui le protagoniste, le stimulant à activer ses propres ressources pour se sentir mieux.

Remettez-vous en question

Le « problème » n’est jamais seulement celui de l’enfant, mais doit toujours être encadré dans le cadre du système relationnel dans lequel il vit, en premier lieu la famille. Il est essentiel que les parents en soient conscients et acceptent de s’impliquer, en observant et en réfléchissant également sur leurs propres comportements et en se comparant à ceux extérieurs à la famille qui suivent et/ou connaissent le vécu de l’enfant (enseignants, pédiatre…), sans toutefois jamais déléguer leur rôle parental.

Jouer avec le corps

Dans notre société, souvent centrée sur les performances « mentales » des enfants, retrouver la dimension de la corporéité devient essentiel. Jouer avec son corps dès le plus jeune âge aide les enfants à grandir en harmonie mentale et corporelle. Des suggestions ? Cela peut paraître anodin, mais il suffit de pouvoir bouger librement, explorer la nature, donner et recevoir des câlins, jouer à cache-cache, faire semblant, agir, faire de la musique avec son corps… et toutes ces activités spontanées avec lesquelles le petit a la possibilité de s’exprimer.

Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
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