Les contes de fées de tous les temps et de tous les lieux ne sont pas seulement un outil de divertissement pour les enfants : ils contiennent également des réflexions complexes sur la parentalité.
Le conte de fées a toujours été un outil narratif doté d’un pouvoir de communication extraordinaire : il est capable de toucher chaque destinataire, quel que soit son âge ou son appartenance socioculturelle. Généralement considéré comme un simple divertissement pour enfants, le conte de fées est en réalité capable de communiquer des messages éducatifs aux adultes et, en particulier, aux parents d’aujourd’hui (1) . Voyons quelques exemples ci-dessous.
Chaque enfant est unique : la leçon du Petit Poucet
Le thème de la naissance est universellement présent dans les contes de fées, mais il y a un aspect qui revient très fréquemment, à savoir l’arrivée d’un enfant, souvent après une attente longue et tourmentée, qui ne correspond pas aux souhaits des parents. Des contes de fées comme Tom Pouce des frères Grimm (2), par exemple, insistent sur ce thème précis : un couple qui désire ardemment un enfant et qui, après de nombreuses prières, voit se réaliser son désir intime de parentalité, mais l’enfant s’écarte des attentes.
Le conte de fées, dans son langage métaphorique, exprime l’une des préoccupations les plus habituelles et naturelles du couple parental, à savoir la possibilité que l’enfant soit très différent de ce qu’il imaginait, provoquant ainsi des sentiments de déception et de frustration. Même les dimensions de Tom Thumb sont évidemment métaphoriques et représentent précisément la peur de ne pas répondre aux attentes de ses parents, par exemple de ne pas être assez beau, intelligent ou capable.
Cependant, dans le conte de fées du Petit Poucet, les parents manifestent un sentiment naturel d’acceptation de l’enfant tel qu’il est réellement, ils l’aiment et l’accueillent dans sa particularité dès le début. Entre autres choses, dans ses incroyables aventures, Tom Thumb démontre qu’il possède d’excellentes capacités, malgré sa petite taille.
Le conte de fées donne une voix à une parentalité basée non seulement sur l’acceptation de l’enfant avec toutes ses caractéristiques, mais aussi sur la transmission de la confiance en son propre potentiel. Éduquer un enfant, c’est avant tout accepter sa singularité et, à partir de là, le guider dans la découverte du monde : chaque enfant est unique et irremplaçable, et tout le monde n’atteint pas le même objectif en même temps.
Quelqu’un anticipe certaines étapes (par exemple le langage, la marche, les autonomies physiologiques), quelqu’un d’autre a besoin d’un peu plus de temps, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y arrivera pas. Il se peut qu’à ce moment-là cet enfant se concentre sur d’autres aspects de son développement, ou qu’il fasse même preuve de fortes capacités sur différents fronts. Quoi qu’il en soit, ce n’est qu’en respectant les temps et rythmes personnels, ainsi qu’en valorisant la spécificité de l’enfant, qu’un parent exerce pleinement sa fonction éducative.
Piuma D’Oro et l’importance des règles
La parentalité ne s’arrête évidemment pas à la génération d’un enfant : un défi beaucoup plus complexe est celui de l’éducation, comprise comme un processus raisonné et conscient et l’accompagnement de l’enfant dans la vie.
Le conte de fées de Luigi Capuana Plume dorée (3) aborde certaines questions complexes de la relation parent-enfant, particulièrement pertinentes dans l’éducation des nouvelles générations. Le thème fondamental est en fait l’importance des règles, considérées comme un « conteneur » fondamental pour la croissance. On parle aujourd’hui à cet égard du « modèle permissif », pour désigner les familles incapables d’établir un système de régulation qui régule le comportement de l’enfant : établir des règles claires et cohérentes, savoir refuser certaines demandes lorsque cela est nécessaire, interdire certains comportements, clarifier et partager la répartition du pouvoir peut faire naître la peur de ne pas être assez aimé et de ne pas être de bons parents.
Dans le conte de fées de Plume doréeun Roi et une Reine sont amoureux de leur petite fille, Plume d’Or, belle, mais capricieuse, méchante et égoïste en toute impunité. Ils lui pardonnent toutes les farces, banalisant ses méfaits. Golden Feather sera punie et se transformera en une belle fille plus légère qu’une plume, physiquement incapable de garder les pieds sur terre et constamment exposée au risque d’être emportée par le vent : la plume est une métaphore évocatrice qui fait référence non seulement à la légèreté, mais aussi à la fragilité de ceux qui n’ont pas reçu le bon confinement réglementaire. L’absence de règles et de limites précises rend le sujet fragile et désorienté, incapable de comprendre quelle direction prendre et réduit à virevolter à chaque souffle de vent, à l’image de Golden Feather.
Bien que cela soit souvent difficile et fatigant, établir des règles que l’enfant doit apprendre à respecter est un aspect fondamental de l’éducation, parallèle et complémentaire au lien d’amour et de confiance : on aime aussi avec des règles, en effet guider le développement de l’enfant avec patience et autorité est une grande preuve de l’amour des parents.
Des frères « conte de fées » entre rivalité et complicité
La naissance d’autres enfants impose de nouvelles tâches évolutives au couple parental : si d’un côté les parents ont déjà vécu l’événement de la naissance et ont développé leurs compétences parentales, de l’autre ils se retrouvent pour la première fois confrontés à la dynamique relationnelle entre frères et sœurs. Les relations entre frères et sœurs constituent un « terrain d’apprentissage social » de grande importance pour l’enfant, caractérisé par des émotions intenses et contrastées.
La relation entre frères et sœurs permet en effet des expériences simultanées de conflit et de coopération, d’opposition et de partage. Les parents ont pour tâche de surveiller l’évolution des relations fraternelle, en stimulant les « exercices » de négociation et sans nier les opportunités de croissance offertes par les dynamiques conflictuelles. Le conflit, en effet, est un élément physiologique des relations entre enfants, à la fois amicales et fraternelles, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une manière inévitable d’entrer en relation avec ses pairs. Les situations d’opposition et d’opposition sont une opportunité précieuse pour apprendre des stratégies d’interaction et de coopération.
Même si la dynamique des conflits entre frères et sœurs est souvent très fatigante à gérer pour les parents, il faut essayer d’avoir une perspective à plus long terme : sans la possibilité de vivre des situations conflictuelles, l’enfant ne pourra jamais perfectionner des compétences telles que la collaboration et la médiation, fondamentales à tous les âges de la vie.
C’est pourquoi il est nécessaire de réduire au minimum ses interventions dans les conflits entre enfants, en évitant, par exemple, d’intervenir avant de comprendre si les adversaires seront capables de parvenir seuls à une solution, ou d’imposer la paix sans qu’ils aient eu l’occasion d’exprimer leurs raisons. Nous ne devrions jamais véhiculer l’idée que les « bons enfants » sont des enfants qui ne se battent jamais.
Il appartient à l’adulte d’assumer le rôle de médiateur et de facilitateur de communication : tout d’abord en demandant aux parties intéressées de se parler et de s’exprimer mutuellement leurs raisons, de clarifier et aussi d’exprimer les émotions liées au conflit (« Qu’ai-je ressenti lorsque tu as dit ou fait cela ? »), afin de favoriser le développement de l’empathie ; enfin, les accompagner dans la recherche de la meilleure solution pour chacun.
La valeur des soins : Mpipidi et l’arbre motlopi
Les contes de fées du monde entier parlent régulièrement de relations plus ou moins heureuses entre frères. Les contes de fées traditionnels les plus gravés dans notre mémoire sont probablement ceux qui racontent des relations fraternelles marquées par la compétition, l’envie et la trahison. Il existe de nombreux contes de fées dans lesquels apparaissent des personnages agacés par la beauté, la valeur et les capacités de leur frère (ou sœur) et qui utilisent toutes les stratégies pour le détruire ou l’endommager.
Mais il existe aussi de nombreux contes de fées qui nous parlent d’extraordinaires relations d’affection, de solidarité et de collaboration entre frères. Parmi ceux-ci se trouve un beau conte de fées, d’origine africaine, intitulé Mpipidi et l’arbre motlopi (3) , raconte le désir intime d’un enfant d’avoir une petite sœur, bien qu’il ait déjà un petit frère.
La nature semble écouter ce désir secret et Mpipidi, alors qu’il broutait avec les vaches, trouve une petite fille nouveau-née au milieu des bois. On ne sait pas d’où il vient, mais son nom – Keneilwe, ou « celle qui est donnée » – suggère une origine particulière. Le conte de fées raconte avec beaucoup de délicatesse la relation bienveillante de ce frère aîné envers sa « petite sœur », qu’il nourrit et protège en secret. Lorsque les parents de Mpipidi découvriront le secret, la petite fille fera officiellement partie de la famille.
Des messages qui traversent les époques et les cultures
En conclusion, les contes de fées de toutes les époques et de toutes les cultures sont riches en messages éducatifs destinés aux adultes d’aujourd’hui. En particulier, le thème de la parentalité, auquel les êtres humains ont toujours dû faire face, revient fréquemment et est abordé avec une grande honnêteté, montrant non seulement les aspects agréables et idéalisés de la maternité et de la paternité, mais aussi tous les problèmes et difficultés critiques que comporte cette phase de la vie.
