Une version de ce commentaire est parue dans Le Huffington Post Quebec

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Comme parent, quoi retenir des expressions à la mode sur la parentalité?

AP Photo/Jose Luis Magana

Parent hélicoptère. Parent tigre. Parent permissif. Ce sont des mots à la mode souvent entendus qui sont censés décrire les « meilleures » approches en matière d’éducation des enfants. Comme parents, nous voulons tous le meilleur pour nos enfants et nous nous empressons d’appliquer les derniers conseils au goût du jour. Même les gouvernements adoptent des lois qui encouragent une approche ou une autre, tout comme l’Utah l’a fait récemment en promulguant une loi qui permet aux parents de laisser légalement leurs enfants jouer à l’extérieur ou se rendre à pied à l’école sans surveillance.

Est-ce que l’une de ces approches parentales est suffisamment étayée de preuves pour confirmer son efficacité? La plupart des gens pourraient être surpris de constater que la réponse est « pas vraiment ».

Les spécialistes en sciences sociales qui étudient la parentalité utilisent rarement, voire jamais, ces concepts à la mode pour catégoriser ou caractériser les approches parentales. Lorsque des scientifiques comme moi veulent prédire quel type de rôle parental affecte le développement des enfants, ils prennent en considération des variables très différentes.

Donc, si l’on se fonde sur les preuves, qu’est-ce qui compte vraiment dans la fonction de parent?

Il existe des facteurs de risque bien connus qui nuisent à la santé et au développement des enfants, et des facteurs de protection qui les favorisent.

Parmi les facteurs de risque, on compte les expériences traumatiques de l’enfance que les parents eux-mêmes peuvent avoir vécues dans leur propre famille, comme la maladie mentale, la toxicomanie, la violence familiale ou un faible revenu familial. Ces facteurs peuvent empêcher des parents de s’engager dans des interactions cohérentes et dynamiques avec leurs enfants qui favorisent le développement optimal du cerveau, des fonctions cognitives et des relations socioémotionnelles des enfants.

Selon le Centre de l’enfant en développement de l’Université Harvard, la maladie mentale des parents, la toxicomanie, la violence familiale, la maltraitance et la négligence des enfants sont toutes considérées comme « toxiques » pour le développement des enfants. Cette toxicité s’observe au niveau cellulaire; lorsqu’un enfant est exposé à ces facteurs de stress de manière chronique, son corps produit l’hormone de stress cortisol à des niveaux élevés persistants pour tenter de les combattre.

Dans des situations normales, les niveaux de cortisol diminueraient à mesure que le facteur de stress s’atténuerait et que le corps de l’enfant se rétablirait. Cependant, chez les enfants souffrant de stress chronique, les niveaux élevés de cortisol demeurent stables avec le temps, ont un impact négatif sur une gamme de systèmes corporels et cérébraux et contribuent à une mauvaise santé au cours de la vie.

Or, les preuves apportent également de bonnes nouvelles. La recherche montre que ces causes de stress ne sont toxiques que dans un contexte où les facteurs de protection sont faibles. En d’autres termes, les enfants peuvent surmonter les traumatismes s’ils disposent d’un bon environnement et de l’aide nécessaire pour s’épanouir.

Quels sont donc ces facteurs de protection pour le sain développement des enfants?

Une recherche abondante montre que de sains rapports « service-retour », c’est-à-dire des liens parents-enfants caractérisés par une sensibilité élevée et une réactivité appropriée, peuvent contrebalancer les répercussions de traumatismes sur la santé et le développement des enfants. Lorsqu’un enfant « envoie » un signal pour indiquer un besoin et que son parent répond de manière responsable, cela renforce la confiance et un attachement sain entre le parent et l’enfant. Cela contribue également à la réussite de l’enfant et à la facilité des relations entre pairs et à l’école.

Sont également importants les soutiens sociaux parentaux, ces réseaux sur lesquels les parents peuvent compter pour les aider et les soutenir émotionnellement. Les personnes de soutien peuvent comprendre des amis, des membres de la famille ou même des professionnels comme des fournisseurs de soins de santé. Ces personnes sont là en permanence pour le parent qui a besoin d’information, de conseils, de réconfort, de soins et même d’aide pour les tâches ménagères ou la garde d’enfants.

On a souvent démontré que le soutien social peut atténuer les effets des facteurs de stress toxiques, comme la dépression maternelle, sur la santé et le développement de l’enfant. Le soutien social est généralement vu comme étant réciproque, c’est-à-dire un échange entre les personnes qui se soucient les unes des autres et qui le montrent de manière concrète.

« La fonction réflexive » est également un facteur de protection et décrit à la fois la capacité d’interpréter ses propres pensées et sentiments et la capacité de percevoir ce que pense et ressent une autre personne. Cela aide un parent à comprendre ce qui pourrait sous-tendre le comportement de son enfant, une capacité essentielle pour interpréter les besoins et les désirs de jeunes enfants qui ne peuvent pas communiquer clairement. Heureusement pour les parents, cet important facteur de protection s’apprend par la pratique.

Ce sont ces trois facteurs de protection que la plupart des scientifiques étudient pour savoir ou prédire comment les enfants vont se développer. Les experts qui étudient la parentalité et le développement de l’enfant ne perdent pas de temps avec les concepts de la culture populaire sur les meilleures ou les pires approches parentales. En d’autres termes, vous pouvez faire fi des expressions à la mode.

 

Nicole Letourneau est titulaire de la chaire de la Fondation de l’Alberta Children’s Hospital en santé mentale des parents et des enfants de l’Université de Calgary. Elle a récemment publié un livre intitulé What Kind of Parent Am I? Self-Surveys that Reveal the Impact of Toxic Stress and More (Dundurn) et elle collabore avec EvidenceNetwork.ca, attaché à l’Université de Winnipeg.

Octobre 2018

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