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Les nombreux visages de la pauvreté au Canada

THE CANADIAN PRESS/Fred Chartrand

On se doit d’applaudir le gouvernement fédéral pour sa stratégie de réduction de la pauvreté récemment annoncée.

La stratégie elle-même, qui fait plus de 100 pages, appuie l’idée d’un seuil officiel de la pauvreté exemptant ainsi Statistique Canada de l’impossible tâche de trouver une base purement statistique pour définir et mesurer la pauvreté.

Cette stratégie souscrit également à l’idée que la pauvreté a de nombreuses dimensions : le logement, l’insécurité alimentaire, la santé et le handicap. Un tableau de bord des mesures statistiques s’impose donc pour que les Canadiens soient bien informés et les politiques gouvernementales, bien étayées.

Pour appuyer ces idées, le gouvernement a débloqué de nouveaux fonds pour Statistique Canada afin d’améliorer les données sous-jacentes. Et le gouvernement s’est fixé un objectif précis et très important : réduire de 50 pour cent le nombre de Canadiens officiellement pauvres d’ici 2030. Cela peut sembler moins impressionnant que l’élimination complète de la pauvreté, mais c’est un objectif à la fois ambitieux et plus réaliste.

Les Canadiens peuvent et doivent être fiers de vivre dans une société bienveillante en mesure d’atteindre cet objectif.

Certains défenseurs de la lutte contre la pauvreté peuvent être déçus de ne pas voir parallèlement à cette stratégie l’annonce d’une infusion de nouveau financement de programmes. À ce sujet, le gouvernement souligne qu’il a déjà effectué d’importants investissements pour lutter contre la pauvreté, notamment en réduisant les compressions du gouvernement Harper dans la prestation de la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti et en introduisant de nouvelles prestations canadiennes pour enfants et travailleurs. D’ailleurs, il reste encore du temps avant les prochaines élections pour présenter de nouvelles propositions.

En attendant, à la lumière de la discussion élargie sur les principaux facteurs définissant la pauvreté, l’amélioration de la base d’information est de mise. Et comme l’indique le document de stratégie, pour créer des politiques efficaces, nous devons savoir où nous allons; il faut donc définir des indicateurs clairs et compréhensibles sur les dimensions les plus importantes de la pauvreté.

Les ressources gouvernementales devraient être dépensées là où elles ont le plus d’impact. Si la pauvreté ne se limite pas à la faiblesse des revenus, il est important de noter que les effets bénéfiques de la lutte contre la pauvreté peuvent être atteints par des moyens allant au-delà de l’augmentation des revenus disponibles. Le défi politique consiste à décider quels types d’interventions de lutte contre la pauvreté présentent le plus d’avantages potentiels, outre les transferts en espèces ou des crédits d’impôt remboursables.

La stratégie définit la pauvreté comme la « condition dans laquelle se trouve une personne qui est privée des ressources, des moyens, des choix et du pouvoir nécessaires pour atteindre et maintenir un niveau de vie de base et pour favoriser son intégration et sa participation à la société ». Et dans cette optique, il faut régulièrement mettre à jour le nouveau seuil officiel de la pauvreté.

Toutefois, l’une des zones d’ambiguïté est la manière de mettre à jour progressivement le seuil de la pauvreté. Cette question n’est pas très importante à court terme, mais d’ici à 2030, lorsque le gouvernement aura établi une cible de réduction de 50 pour cent du taux de pauvreté, cela pourrait compter.

Historiquement, la mesure du panier de consommation sur laquelle reposera le seuil officiel de la pauvreté a été mise à jour en fonction de l’inflation. Cependant, la définition de la stratégie voulant que pour éviter la pauvreté, il faille une participation significative dans la société, laisse entendre que sur une période de dix ans ou plus le seuil officiel devrait être mis à jour afin de rester conforme au niveau de vie moyen ou médian.

La façon de mettre à jour le seuil officiel de la pauvreté peut sembler une question technique obscure, mais il est très important qu’elle soit clairement précisée. Une des raisons est d’éviter que les futurs gouvernements ne jouent avec cette procédure; par exemple, en ralentissant la mise à jour afin de pouvoir plus aisément affirmer que leur objectif de réduction de 50 pour cent a été atteint.

Dans l’ensemble, le gouvernement doit être félicité pour avoir posé les premiers jalons importants d’une stratégie de réduction de la pauvreté. Nous devrons cependant surveiller de près si les prochaines étapes sont susceptibles de maintenir l’objectif de réduction de 50 pour cent et que la cible elle-même ne peut être trafiquée.

 

Michael Wolfson est membre du Centre de Droit, politique et éthique de la santé de l’Université d’Ottawa et conseiller expert auprès d’EvidenceNetwork.ca, attaché à l’Université de Winnipeg. Il a présidé une Chaire de recherche du Canada dans le même établissement. Il a auparavant occupé le poste de statisticien adjoint en chef à Statistique Canada.

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