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Nos médicaments d’ordonnance sont-ils sécuritaires et procurent-ils les bienfaits prévus?

Une amélioration de notre système de surveillance des médicaments s’impose.

Une version de ce commentaire est parue dans Huffington Post Quebec

Si vous prenez des médicaments sur ordonnance, savez-vous à quelles fins vous les prenez? En obtenez-vous les bienfaits? Avez-vous ressenti des effets indésirables attribuables à leur prise?

Vous serez peut-être surpris d’apprendre que les réponses à ces questions essentielles sur la santé ne sont pas bien consignées pour la plupart des Canadiens. Pourtant, elles fourniraient de précieux renseignements pour s’assurer que nos médicaments sont sécuritaires et valent la peine d’être pris, après avoir été homologués.

Or, avant d’être approuvés au Canada, les médicaments d’ordonnance sont testés dans des conditions contrôlées sur un nombre relativement faible de patients (de plusieurs centaines à plusieurs milliers de personnes) qui possèdent les caractéristiques de sélection (âge, race, groupe ethnique ou genre). Une fois que les médicaments sont approuvés, ils ne sont pas surveillés aussi étroitement qu’ils devraient l’être.

Au Canada, nous devons considérablement améliorer notre système de surveillance de médicaments sur ordonnance après leur mise en marché afin de veiller constamment à leur sécurité et à leur efficacité, dans des situations réelles.

À quelles fins?

En premier lieu, des réactions indésirables aux médicaments, qui n’ont pas déjà été détectées dans le cadre d’essais pré-règlementaires de moindre envergure, peuvent se manifester. Souvenons-nous du malheureux cas de Vanessa Young, cette jeune fille de 15 ans qui prenait du cisapride pour des problèmes gastro-intestinaux et qui est décédée après avoir souffert d’une arythmie cardiaque, un effet secondaire potentiellement mortel du médicament, constaté seulement après sa mise en marché.

En second lieu, au fil du temps, l’usage d’un médicament peut être élargi pour inclure des formes plus légères de la maladie ou différentes conditions médicales qui n’ont pas été évaluées pendant les essais cliniques, avant la mise en marché. Prenons le cas des antidépresseurs. Ces médicaments sont de plus en plus utilisés pour traiter d’autres affections que la dépression. Une nouvelle étude a révélé que près d’une prescription d’antidépresseur sur trois est faite pour des conditions non approuvées (« hors indication ») sans que cet usage ait été étayé par des preuves suffisantes.

Pour surveiller adéquatement la sécurité et l’efficacité des médicaments dans la vraie vie, nous avons besoin d’un système de surveillance des médicaments après leur mise en marché capable de déterminer les raisons pour lesquelles les patients les prennent et de suivre les patients pour détecter les effets indésirables et en établir l’efficacité.

La situation à l’heure actuelle?  Peu reluisante!

Identifier la raison justifiant la prise d’un médicament

Souvent, les raisons médicales justifiant une prescription ne sont pas inscrites dans le dossier des patients, et cette information n’est pas exigée pour remplir les ordonnances ou recevoir un remboursement. Donc, quand il s’agit de médicaments comme les antidépresseurs, qui peuvent être prescrits pour différentes conditions médicales, ne pas connaître la raison pour laquelle un patient prend un médicament donné représente un défi majeur pour évaluer son efficacité et sa pertinence (et savoir si l’usage est étayé par une approbation réglementaire ou des preuves scientifiques).

Détecter les réactions indésirables aux médicaments

Le Système canadien de déclaration des effets indésirables des médicaments comporte de nombreuses lacunes, notamment le fait qu’il repose sur une déclaration volontaire par les médecins au moyen d’un processus de déclaration qui prend du temps et qui sort des procédures de routine. De fait, on estime que moins de cinq pour cent de toutes les réactions indésirables aux médicaments sont signalées à Santé Canada.

Suivi de l’efficacité des médicaments

Une fois que les médicaments sont mis sur le marché, leur efficacité réelle n’est pas systématiquement contrôlée. Il est troublant de savoir que nous n’avons actuellement aucun mécanisme à grande échelle pour déterminer si les patients bénéficient des bienfaits prévus de leurs médicaments.

Quelle serait donc la solution?

Il nous faut un système national de surveillance des médicaments après leur mise en marché qui exige la collecte systématique de données sur les raisons de l’usage de médicaments, les effets indésirables et l’efficacité, un système qui régit également l’utilisation de technologies de l’information sur la santé pour la cueillette de ces données.

Ces technologies offrent la possibilité de recueillir des données de façon transparente dans le cadre du processus de soins, et même d’améliorer les soins aux patients. Par exemple, les systèmes de prescription électroniques peuvent inciter les médecins à consigner la raison du traitement au moment de prescrire un médicament et informer les médecins des erreurs de prescription potentielles ou proposer d’autres options de traitement lorsque les ordonnances ne sont pas fondées sur des données probantes.

En cas d’annulation, de renouvellement ou de modification d’ordonnances, les systèmes de dossiers médicaux électroniques pourraient inviter les médecins à inscrire les effets indésirables détaillés des médicaments et leur efficacité, ce qui permettrait également de documenter les antécédents de traitement et les expériences des patients.

De nombreuses provinces canadiennes ont mis en place des systèmes centralisés d’information sur les médicaments pour faire le suivi de tous les médicaments que les patients reçoivent. Si ces systèmes doivent contribuer à la mise en place d’un système efficace de surveillance des médicaments après la mise en marché, ils doivent aussi permettre de recueillir des informations sur les raisons pour lesquelles les médicaments sont prescrits et sur les résultats qu’ils produisent.

Les médicaments peuvent sauver la vie, mais leur efficacité dépend de nos connaissances à leur sujet. Il est temps de consolider notre système et de faire un meilleur suivi des expériences vécues avec les médicaments.

 

Jenna Wong a récemment obtenu son doctorat du Département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill et entreprend une bourse de recherche postdoctorale au Département de médecine des populations de la Harvard Medical School à compter de 2018.

Robyn Tamblyn est conseillère experte auprès du site EvidenceNetwork.ca, titulaire d’une chaire James McGill et professeure aux Département de médecine et Département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill.

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Janvier 2018

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