More game, more I learn

Plus je joue, plus j’apprends

Par Dr. Kyle Muller

Plusieurs études démontrent un lien étroit entre le jeu et l’apprentissage. Le jeu, en effet, développe les capacités motrices, sensorielles et cognitives de l’enfant dès les premiers mois de la vie, et favorise la croissance de son autonomie et de son individualité.

Les premières expériences sensorielles d’un nouveau-né ont une fonction très importante : elles déclenchent le développement de certaines zones de son cerveau qui permettront plus tard à l’apparition du langage et de la pensée complexe. Saisir, manipuler, bouger sont donc des aspects fondamentaux du processus de croissance physique et cérébrale de l’enfant, et bientôt ces fonctions motrices trouveront un débouché naturel et spontané dans le jeu, activité centrale également dans le développement cognitif, émotionnel et social.

Attention, mémoire et apprentissage

Jeu et apprentissage sont étroitement liés : le jeu est utile à la fois pour la maturation des fonctions cognitives « de base » et pour l’apprentissage de notions, concepts et stratégies spécifiques de manière ludique, sans effort. Le jeu favorise en effet le développement de ces structures nerveuses (en particulier le cortex frontal) qui nous permettent d’évaluer les conséquences de nos actions, le respect des règles et des aspects éthiques, par exemple le sentiment de culpabilité, la générosité, la solidarité et l’amitié.

Comme le démontrent de nombreuses études réalisées sur des primates, la réduction forcée du jeu a des effets négatifs sur le développement du cortex frontal, ce qui se traduit par une diminution des compétences sociales et de la compréhension des autres. D’autres études indiquent également que les jeux de mouvement, basés sur l’activité aérobique, améliorent l’attention, la mémoire et l’apprentissage : par exemple, après 15 à 20 minutes d’activité physique, la capacité de concentration des enfants du primaire s’améliore considérablement. Il serait donc conseillé d’avancer l’heure de l’éducation physique au début de la journée scolaire, ou de prévoir de courtes pauses d’activité physique entre un cours et un autre. Plus généralement, on a constaté que la capacité de concentration des enfants présentant un déficit d’attention augmente en faisant des exercices basés sur le contrôle moteur (toutes les activités qui impliquent d’organiser, de bouger et de coordonner les mouvements et les muscles).

Au cours des deux premières années

Si l’on suit l’évolution du jeu au fil du temps, on se rend compte qu’il reflète le développement des capacités motrices, sensorielles et cognitives. Au cours des deux premières années de la vie, le jeu peut sans aucun doute aider un enfant à apprendre à maîtriser ses propres mouvements : le petit se contente de réaliser des activités simples comme saisir un objet, secouer ses jambes, se relever (c’est ce qu’on appelle le « plaisir fonctionnel »), ou se sentir la cause d’un phénomène donné, par exemple lorsqu’il fait sonner une cloche ou provoquer des éclaboussures en battant des mains dans l’eau (le soi-disant « plaisir d’être la cause »). Cette catégorie comprend les jeux de mouvement (courir, sauter, faire des sauts périlleux…), importants pour la croissance physique et mentale.

Le jeu symbolique

À partir de 2 ans, il est important que les enfants disposent d’espaces pour se poursuivre, sauter et jouer au ballon, des espaces dans lesquels ils peuvent oser se sentir libres. En particulier, de 2 à 6-7 ans, la phase commence progressivement jeu symboliquece qui implique le développement de l’imagination et de la capacité de formuler des hypothèses. Dans ce type de jeu, l’enfant utilise de nouveaux objets ou des situations imaginaires et interagit avec eux comme s’ils existaient réellement. Par exemple, un enfant d’environ 3 ans peut utiliser un crayon au lieu d’un peigne, en faisant semblant de se peigner, ou il peut faire semblant de se laver les oreilles avec de l’eau imaginaire. Le jeu symbolique permet au petit de « projeter » les motifs qui font partie de son quotidien sur d’autres objets et ainsi, par exemple, de faire marcher, sauter, pleurer ou manger la poupée ou l’ours en peluche.

Implications émotionnelles

Cependant, le jeu symbolique a non seulement une fonction cognitive (c’est-à-dire qu’il ne permet pas seulement de développer des connaissances et des compétences) mais aussi un aspect émotionnel. L’enfant d’âge préscolaire, en effet, éprouve souvent de petites déceptions qui entrent en conflit avec ses désirs ou ses attentes : il peut vouloir enfoncer un clou dans le mur comme le fait son père, mais peu importe ses efforts, il n’y parvient pas, ou bien il peut vouloir cuisiner un gâteau ou conduire un tracteur ; toutes choses qu’il n’est généralement pas autorisé à faire. Le jeu symbolique, en revanche, permet de réaliser n’importe quel désir et remplit donc une fonction fondamentale ; et c’est précisément pour cette raison qu’elle peut être considérée comme une forme de psychothérapie spontanée.

Si l’adulte est impliqué dans le jeu symbolique, il est préférable de ne pas trop s’immiscer, en laissant l’enfant le « guider » et le remettre en question, pour permettre le développement de son autonomie et de son individualité.

Jouer à l’agressivité en « passant à l’acte »

Le jeu, contrairement au sport, a ses propres besoins, il a besoin d’espace, de liberté, de règles différentes de celles des adultes. En jouant, les enfants apprennent à comprendre le potentiel de leur propre corps, ils peuvent être agressifs mais aussi se battre, ou provoquer pour voir comment réagit leur camarade de jeu. C’est dans ces moments que les enfants peuvent « mettre en scène » une agression. Il n’est pas difficile de comprendre quand ils sont sérieux ou font semblant, il suffit de regarder l’expression de leurs visages : lorsqu’il s’agit de jouer, ils sourient généralement ou encouragent leur adversaire à continuer.

Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
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