The child is the master of his body

L’enfant est maître de son corps

Par Dr. Kyle Muller

Le corps de l’enfant lui appartient seul : lorsqu’un adulte s’approche de lui il doit le faire en respectant son espace et son intimité.

Le corps de l’enfant n’appartient ni à la mère ni au père, il n’appartient pas à l’enseignant et il n’appartient même pas au pédiatre.
Le corps de l’enfant n’appartient qu’à l’enfant. Lorsqu’un adulte s’approche d’un enfant pour changer sa couche, le câliner, jouer avec lui, le baigner ou soigner sa blessure, il entre inévitablement, verbalement ou physiquement, dans la sphère de son intimité. Et, parfois, nous entrons en contact avec le corps de l’enfant sans y prêter attention, le poussant, le tirant et le déplaçant sans raisons justifiées : dans ces cas, le corps de l’enfant devient un objet, et de sujet humain doté de droits, il se transforme en mannequin privé de sa personnalité. Ce sont les occasions où l’adulte, qui devrait avoir un rôle de protection, de réconfort et d’orientation, « abuse » de sa supériorité physique pour imposer sa propre volonté.

La contrariété de voir sa vie privée violée

L’enfant, dès sa naissance, doit être capable de distinguer et d’être conscient de la propriété du corps, de son propre corps, afin qu’il puisse être éduqué à se respecter et à se protéger.
Violer et diriger l’esprit et la pensée de l’enfant est compliqué (mais pas impossible), alors que violer et diriger le corps de l’enfant est relativement simple.
L’enfant exprime parfois sa déception d’être déplacé, lavé, déshabillé sans beaucoup de soin ni d’avertissement, et si cette méthode est répétée plusieurs fois, il peut arriver que le petit s’y habitue et cesse de protester, se laissant prendre, déplacer et diriger continuellement. Dans ce cas, l’enfant peut en venir à croire que d’autres peuvent « abuser » de son corps à leur discrétion. Oui, utiliser le terme « abus » peut paraître excessif, mais sommes-nous sûrs de vouloir que notre enfant ne revendique pas et ne veuille pas protéger la propriété de son corps ?

Comment inviter à la réunion (sans forcer)

Lorsqu’un enfant nous fait un geste impétueux (une poussée, une gifle, un tiraillement, une traction de cheveux), n’avons-nous pas le sentiment d’être violés ? Nous réagissons souvent immédiatement, même sur un ton agacé : « Ne touchez pas ! » ; « N’essayez pas ! » ; «Allez, laisse-moi!». Si un autre adulte le faisait intentionnellement, nous ne pourrions en aucun cas l’accepter, au contraire, nous aurions probablement envie de le signaler !
Dans la vie quotidienne des parents, il existe cependant des occasions, moins fortes, où, en voulant éduquer aux bonnes manières, nous tombons effectivement dans cette dynamique contre-productive. Par exemple, lorsqu’un enfant tente de se rebeller contre une invasion de son espace par un adulte, ou un autre enfant, on commence souvent par des phrases comme : « Allez ! Elle veut juste te faire un câlin ! », ou « Cette dame veut juste te faire un bisou, c’est une amie de papa et maman ! ».
L’enfant peut être mal à l’aise dans les relations intimes avec une autre personne, et les parents peuvent être déchirés entre soutenir la position de l’enfant et protéger sa vie privée, ou forcer son expansivité. Quelle est la meilleure chose à faire alors ? Nous devons laisser les enfants décider comment, quand et dans quelle mesure s’ouvrir aux autres, sans les forcer, mais en les invitant à se rencontrer. Nos intentions sont orientées vers la socialisation et la gentillesse est une compétence importante à transmettre. Je dirais que, dans un premier temps, nous devrions repenser nos interactions avec les autres adultes. Essayez de vous arrêter un instant et de réfléchir à votre journée, demandez-vous :

  • Est-ce que je salue toujours poliment ?
  • Suis-je également courtois envers les autres membres de la famille à la maison ?
  • Suis-je toujours prêt à être caressé ou touché ?

Éduquer à l’empathie

Commençons par donner l’exemple et rappelons-nous que les enfants, tout comme nous, n’ont pas toujours envie de se familiariser avec tout le monde. Respecter l’enfant, c’est aussi entrer en relation avec discrétion, bienveillance et prudence, attendre et accueillir ses légitimes réactions de déception ou d’inquiétude, et l’éduquer au respect de son propre corps et de celui des autres, par l’exemple. Nous pouvons aider nos enfants à lire les émotions des autres, les éduquer à l’empathie et au respect des autres : « Tu vois qu’il n’est pas content si tu le serres dans tes bras ? Il ne veut pas être touché pour le moment. S’il sourit, cela signifie qu’il est heureux, s’il ne le fait pas, vous devez le respecter. » Pour éduquer nos enfants dans ce sens, nous devons d’abord faire ce travail sur nous-mêmes, en nous forçant à être respectueux de nos enfants, de leur état d’esprit et de leur sphère privée. Cette approche peut être mise en œuvre dès la naissance, lorsque le contact physique est très fréquent, important et inévitable, voire recommandable. Mais quand faire des câlins et pendant combien de temps fait partie d’une relation dans laquelle le protagoniste est aussi l’enfant.

L’autonomie doit être respectée et cultivée

Lors des soins personnels de l’enfant, nous devons essayer d’être très respectueux de son corps, en nous rappelant qu’il n’appartient qu’à lui. Même à un nouveau-né, nous pouvons communiquer ce que nous allons faire : « Maintenant, je vais dénouer ta couche, te rincer et te sécher », ou « Puis-je t’aider à mettre ta chemise ? », ou « Je vais t’aider à manger ? », ou encore « Attends, je vais essayer de t’aider à boire. Je te tiendrai le verre ». Cela nous guidera également dans l’enseignement de l’autonomie dans les soins personnels : dès que l’enfant pourra prendre en charge ne serait-ce qu’une partie du processus de soins personnels, il aura parfaitement le droit de le faire. Ainsi un enfant qui marche pourra rejoindre le vestiaire de manière autonome, pourra s’asseoir seul, enlever ses chaussettes et peut-être même son pantalon. Là où l’enfant ne peut pas le faire seul en raison de son immaturité, l’adulte prend sa place, et doit le faire avec des gestes qui demandent la « permission ».

Dans la peau de l’enfant

Essayons maintenant de nous mettre du côté des enfants et imaginons ce que nous ressentirions si :

  • Ils nous ont essuyé le nez derrière notre dos
  • Ils sont venus nous chercher pour nous faire changer de direction
  • Ils enlèvent nos chemises pendant qu’on empile les immeubles
  • Ils nous attrapaient par la capuche de notre veste pendant que nous essayions de trouver l’équilibre
  • Ils nous lavent sans nous dire où ils vont frotter
  • Ils viendraient nous chercher alors que nous sommes sur le point de récupérer le ballon
  • Ils nous nourrissent pendant que nous disons : « Non ! ».

Si cela nous arrivait, nous sentirions-nous violés dans notre dignité ? Probablement oui, et je crois aussi qu’il est facile d’éduquer des enfants gentils et respectueux d’eux-mêmes et des autres, en leur faisant expérimenter le respect et la gentillesse dès les premiers mois de leur vie.

Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
Published in

Laisser un commentaire

sixteen − 9 =