Le coipu (Myocastor coypus), également connu sous le nom de ragondin ou rat-loutre, est un gros rongeur originaire d’Amérique du Sud qui s’est établi dans plusieurs pays européens, dont l’Espagne. Avec un corps robuste, des incisives orange et des habitudes semi-aquatiques, il rappelle le castor, bien qu’il appartienne à une famille différente. Son introduction, à l’origine pour la fourrure, a conduit à une expansion inquiétante en raison des dégâts qu’elle provoque sur les rivières, les zones humides et les cultures.
Dans cet article d’Evidence Network, nous expliquons l’invasion du ragondin en Espagne : comment il est arrivé, où il se trouve, quel impact il a sur les écosystèmes et quelles mesures sont prises pour contrôler son avance.
Comment le coipú est-il arrivé en Espagne ?
L’histoire du coipu en Espagne commence au milieu du XXe siècle, lorsqu’il a été introduit en Europe à des fins économiques. Sa peau épaisse et douce était très appréciée dans l’industrie de la fourrure, c’est pourquoi des fermes d’élevage ont été créées dans différents pays européens, dont l’Espagne. Cependant, certains spécimens se sont échappés ou ont été délibérément relâchés et, au fil du temps, ils ont commencé à se reproduire dans la nature.
Grâce à sa grande capacité d’adaptation et à son régime alimentaire varié (qui comprend des plantes aquatiques, des racines et des cultures proches des zones humides), le ragondin a réussi à établir des populations stables dans différentes parties du pays. Depuis lors, son expansion a été constante, notamment dans les zones où l’eau douce est abondante et où la végétation est dense.
Où trouve-t-on le coipu en Espagne ?
L’expansion du coipú en Espagne se concentre principalement dans le nord du pays, où le climat humide et la présence de nombreuses rivières et zones humides favorisent son implantation.
- Catalogne : c’est la communauté la plus touchée par l’invasion du coipu. La province de Gérone est l’un des principaux centres d’intérêt, avec des populations consolidées dans les zones humides de l’Empordà, le cours inférieur du Ter et le delta de la Tordera. Son adaptation aux milieux aquatiques et l’absence de prédateurs naturels ont permis une croissance rapide, faisant de la situation du ragondin de Gérone l’une des plus préoccupantes de toute la péninsule.
- Navarre : dans cette communauté, le coipu s’est étendu dans les cours moyens et inférieurs de plusieurs rivières, comme l’Arga ou l’Èbre. Les autorités navarraises ont alerté sur la détérioration des berges et la perte de végétation riveraine causée par les terriers creusés par cette espèce envahissante. De plus, sa présence menace les espèces indigènes qui dépendent des mêmes écosystèmes fluviaux.
- Pays Basque : des populations stables sont détectées depuis plusieurs années, notamment dans les zones humides proches des rivières Zadorra et Nervión. Le ragondin ou rat-loutre trouve ici un habitat idéal, se nourrissant de plantes aquatiques et de cultures voisines. Le Gouvernement Basque a inclus cette espèce dans ses plans de contrôle de la faune exotique pour éviter son expansion dans de nouveaux bassins.
- Galice : bien que sa présence soit mineure, elle a été détectée dans la zone de Cabral, dans la municipalité de Vigo, ainsi que dans la zone autour du fleuve Miño. Bien que les signalements soient rares, son apparition a suscité des inquiétudes quant au risque d’expansion dans les zones humides de Galice.
Pourquoi le coipu est-il une espèce envahissante en Espagne ?
Le coipu a été inclus dans le catalogue espagnol des espèces exotiques envahissantes(1) en raison de sa capacité d’expansion et de l’impact qu’elle génère sur les écosystèmes locaux. Il se reproduit rapidement, puisque les femelles peuvent avoir plusieurs portées par an avec entre quatre et six petits chacune, et il manque de prédateurs naturels dans la péninsule ibérique.
Son comportement alimentaire représente également un problème : il consomme de grandes quantités de végétation aquatique, ce qui modifie l’équilibre des zones humides et réduit l’abri et la nourriture des autres espèces indigènes. De plus, en creusant des terriers sur les berges des rivières, il provoque l’érosion et la détérioration des berges des rivières, affectant aussi bien les écosystèmes que les infrastructures agricoles et les systèmes d’irrigation.
En ce sens, le ragondin ou ragondin constitue non seulement un danger écologique, mais aussi économique, puisqu’il peut provoquer des pertes de superficies cultivées à proximité des rivières et endommager des installations hydrauliques ou des routes rurales.
Quel est l’impact environnemental du coipu sur les écosystèmes ?
L’impact du coipu sur l’environnement est notable et touche aussi bien les écosystèmes aquatiques que l’activité humaine. Ce rongeur semi-aquatique altère l’équilibre écologique des milieux humides et des berges des rivières où il s’installe.
- Perte de végétation riveraine : en se nourrissant de plantes aquatiques et de racines, le coipu provoque la disparition du couvert végétal qui protège les berges et sert de refuge aux oiseaux, poissons, amphibiens et petits mammifères. Cela diminue la qualité de l’habitat et de la biodiversité locale.
- Érosion et fragilisation des berges : les terriers qu’elle creuse le long des rivières et des canaux déstabilisent les pentes, favorisant leur effondrement. Dans les zones où les populations sont denses, ces dégâts augmentent les risques d’inondations et de perte de sols fertiles.
- Altération des zones humides : dans certaines zones humides du nord de l’Espagne, une diminution des espèces végétales indigènes a été observée en raison de l’intense activité alimentaire du coipu. Cette pression écologique modifie le paysage et réduit la capacité des écosystèmes à se régénérer.
- Dégâts agricoles : leur régime alimentaire comprend des cultures proches du lit des rivières, comme le maïs ou le riz. Dans les zones agricoles du nord, où la population est plus abondante, ces dégâts entraînent des pertes économiques considérables pour les agriculteurs locaux.
- Risques sanitaires : le coipu peut être porteur de maladies transmissibles aussi bien au bétail qu’à l’homme, dont la leptospirose. Ce risque sanitaire renforce la nécessité de contrôler son expansion et d’éviter sa propagation vers de nouvelles zones humides.
Quelles mesures sont prises pour contrôler le coipu en Espagne ?
Les autorités espagnoles, en coordination avec les communautés autonomes, ont mis en œuvre différentes stratégies pour stopper l’expansion du coipu.
- Il s’agit notamment de campagnes de détection précoce et d’éradication, de l’utilisation de pièges sélectifs et de la surveillance des zones sensibles.
- Le ministère de la Transition écologique et du Défi démographique (MITECO) inscrit le ragondin dans sa liste officielle des espèces envahissantes, qui interdit sa détention, son transport et sa dissémination dans le milieu naturel.
- De plus, dans des régions comme Gérone ou Navarre, des plans de contrôle spécifiques ont été élaborés avec la participation de techniciens de l’environnement et d’entités locales.
Ces mesures visent à réduire les populations existantes et surtout à éviter de nouvelles introductions. La collaboration citoyenne joue également un rôle fondamental : avertir les autorités lorsque des spécimens sont observés peut être essentiel pour agir à temps.
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- Ministère de la Transition écologique et du Défi démographique. (sf). Catalogue espagnol des espèces exotiques envahissantes. Disponible sur : https://www.miteco.gob.es/es/biodiversidad/temas/conservacion-de-epecies/epecies-exoticas-invasoras/ce-eei-catalogo.html
- Echegaray, J. et Hernando, A. (sf). Extension de la zone de distribution de Coipú au Pays Basque. Sustraï, 66, 52-53. Disponible sur : https://www.euskadi.eus/contenidos/boletin_revista/sustrai_66/eu_agripes/adjuntos/66_52_53_c.pdf
- Ministère de la Transition écologique et du Défi démographique. (2013). Myocastor coypus (Molina, 1782) – dossier sur les espèces exotiques envahissantes (Catalogue espagnol des espèces exotiques envahissantes). Disponible sur : https://www.miteco.gob.es/content/dam/miteco/es/biodiversidad/temas/conservacion-de-epecies/myocastor_coypus_2013_tcm30-69964.pdf



