Les enfants ne sont jamais pressés

Les enfants ne sont jamais pressés

Par Dr. Kyle Muller

C’est une motivation interne très forte qui guide les enfants dans leur croissance et leur développement, et il est important qu’ils trouvent un environnement adapté, sûr et intéressant, et des adultes patients qui leur offrent le temps nécessaire pour pratiquer.

Commençons par raconter une courte histoire. Il était une fois une petite tortue et un lièvre qui décidèrent de marcher ensemble, côte à côte, sur le chemin de la vie. Mais la marche s’est vite révélée difficile: «Tu veux bouger?!», dit le lièvre.
« Attends ! As-tu vu cette belle fleur ? Mais pourquoi est-elle rose ? A quoi servent les pétales ? », répondit la tortue.

Tous les cinq pas, la tortue s’arrêtait pour admirer la nature qui attirait son attention. Le lièvre piaffait parce qu’il ne pouvait pas maintenir ce rythme lent : « Si seulement vous essayiez de courir un peu… vous ne savez pas à quel point le vent est merveilleux sur votre visage. »
La tortue, aimant le lièvre, essaya de courir avec ses petites pattes inexpérimentées, mais buta sur chaque racine et tomba. En reniflant, le lièvre avançait, tandis que la tortue, quelques pas en arrière, procédait en grimpant, déchiquetant, goûtant, soulevant, déplaçant, ajustant, insérant des brindilles, des fleurs, des cailloux, des feuilles…

Le lièvre, épuisé, décide un jour de ralentir, laissant la tortue lui dicter le rythme. Le lièvre a commencé à découvrir ce que la tortue aimait, ce qui lui faisait peur, où elle était bonne et où elle était inexpérimentée.
Un jour, le rythme de la tortue a changé : ses jambes allaient plus vite et avec plus de confiance, il était devenu plus habile et son besoin d’entraînement diminuait, il voulait courir comme le lièvre et avec elle. Cette course était étonnante : le lièvre montrait à la tortue tout ce qu’il savait ; des routes, des vues à couper le souffle, des cachettes parfaites, des amis sympas, des acrobaties, des sauts périlleux… Ils ont longtemps partagé la route, heureux et complices, avant d’entamer une nouvelle phase de vie dans laquelle ils se sépareraient, emportant avec eux, pour toujours, une part de l’autre.

Un égoïsme sain

Ce qui pousse un enfant à agir est une motivation profonde pour sa croissance et son développement personnel : il veut le temps dont il a besoin, il n’est pas satisfait de ce dont il dispose. Son égoïsme est sain car il ne sait pas s’abandonner pour les autres, jusqu’au moment de développement où il est capable de comprendre, d’accepter et d’assimiler ses propres besoins à ceux des autres.

Au cours des trois premières années de sa vie (environ), l’enfant vit une période de construction de soi active : il acquiert continuellement des compétences, s’entraînant de manière cohérente et obstinée à diverses compétences (manuelles, motrices, linguistiques, relationnelles) pour les développer au mieux. Tout cela en agissant spontanément et directement sur l’environnement qui l’entoure.

De 3 à 6 ans, il perfectionne les compétences acquises : il veut mieux parler, sauter sur un pied, comprendre ses propres émotions et celles des autres et utiliser ses mains avec précision ; et entre 6 et 9 ans, il est désormais compétent et s’intéresse aux autres, au monde qui l’entoure, à la nature et à la culture : c’est le moment de s’enrichir et d’approfondir la raison de tout.

Il est temps de pratiquer

L’enfant sait se conduire sur ce chemin en parfaite autonomie, guidé par ce que Montessori a défini comme le « professeur intérieur », c’est-à-dire un guide profond qui le conduit vers des expériences constructives, intelligentes et éducatives. L’adulte peut faciliter cette progression en offrant un environnement adapté, sûr et intéressant, en étant humble et patient et en offrant à l’enfant tout le temps nécessaire pour s’exprimer, comprendre et pratiquer. « Les parents sont toujours pressés, les enfants ne le sont jamais », ai-je écrit dans Un enfant vit iciet il n’y a rien de plus vrai. En effet, l’enfant agit avec calme et soin de lui-même, tandis que l’adulte, en revanche, recherche le meilleur résultat dans les plus brefs délais. Les adultes enfilaient des vestes pour sortir, les enfants pour apprendre à les porter, à tel point que s’ils le pouvaient, ils les enlevaient pour répéter l’opération.

Ce qui suscite l’intérêt

Maria Montessori a découvert que, dans les premières années de la vie, chaque enfant fait et répète des choses plusieurs fois pour consolider une procédure et affiner une compétence. La répétition de l’exercice est une constante et s’applique dans tous les domaines : soins personnels, activités de motricité fine (enfiler, retirer, ouvrir, fermer…), soin de l’environnement, vie pratique (nettoyer, tamiser, presser, couper). Lorsque Maria Montessori a construit les métiers à lacer (un outil pour pratiquer cette activité), elle a choisi les cinq : chaque mouvement est répété cinq fois, consécutivement, avant de passer à l’étape suivante. Lorsqu’un enfant de quelques années se lave les mains, il a souvent envie de recommencer : il ne se soucie pas de savoir si ses petites mains sont propres, il s’intéresse à l’exercice et à la satisfaction ressentie en se lavant.

Sur quoi les enfants travaillent-ils avec autant de dévouement, de concentration, d’attention et de passion ? Ce qui dans l’environnement attire et capte leur intérêt. C’est le principe fondateur de la notion de période sensible.

La période sensible

La période sensible est une sensibilité particulière et passagère qui pousse l’enfant à porter inconsciemment son attention sur certains aspects de son développement dans l’environnement. Ce sont des vocations, descriptibles comme un faisceau de lumière, allumé pour éclairer une zone d’intérêt spécifique. Tout comme le bébé chenille ne voit rien d’autre que les pousses au sommet de la plante comme la meilleure nourriture (comme l’a découvert le scientifique néerlandais Hugo de Vries), l’enfant cherche et est attiré par ce qui dans l’environnement peut lui offrir une nourriture importante pour son développement. Lorsqu’il se sent satisfait de la nourriture psychique obtenue, il en devient indifférent. Voici donc un bébé de 6 mois enchanté, la bouche entrouverte, devant un adulte parlant : il est dans la période sensible du langage et la langue maternelle le fascine comme aucun autre son. Ainsi, un enfant de 2 ans en situation d’ordre voudra que tout soit à sa place, y compris les routines et les procédures ; entre 3 et 5 ans, il manifestera un désir naturel pour les symboles et les sons et c’est alors que l’écriture et la lecture deviendront comme par magie une source d’intérêt.

Capter et nourrir la faim psychique dans la période sensible, c’est permettre à l’enfant une conquête naturelle et spontanée, non fatiguante ni forcée. Cette même compétence, acquise en dehors de la période sensible, ne sera pas introjectée avec la même légèreté, la même joie et la même spontanéité. «Mais lorsqu’une de ces passions psychiques s’éteint, d’autres flammes s’allument et ainsi l’enfance passe de conquête en conquête, dans une vibration vitale continue, que nous avons tous reconnue en l’appelant joie et bonheur infantile», nous dit Maria Montessori.

Kyle Muller
À propos de l'auteur
Dr. Kyle Muller
Le Dr Kyle Mueller est analyste de recherche au Harris County Juvenile Probation Department, à Houston, au Texas. Il a obtenu son doctorat en justice pénale à la Texas State University en 2019, sous la direction du Dr Scott Bowman pour sa thèse. Les recherches du Dr Mueller portent sur les politiques de justice pour mineurs et les interventions fondées sur des données probantes visant à réduire la récidive chez les jeunes délinquants. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de stratégies fondées sur les données au sein du système de justice pour mineurs, en mettant l’accent sur la réhabilitation et l’engagement communautaire.
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